Fin du montage « image »

Pour découvrir l’ensemble des articles consacrés au montage du court-métrage A travers Lucie réalisé par Hélène Joly, c’est ici.

Nous venons de terminer le montage image du film court d’Hélène Joly. Le film fait 18 minutes.

Nous avons changé le début du film jusqu’au dernier moment en ajoutant un plan, un texte off et le carton titre du film. Le calage de ces trois éléments a pris un certain temps. C’est seulement le dernier jour qu’une inversion du montage de cette introduction a enfin permis la fluidité. Je suis toujours surprise de constater à quel point de « petits » changements donnent de « grands » bouleversements. D’un coup, c’est là. Avant, c’était bricolé.

Nous avons passé du temps lors de nos dernières séances de travail sur les parties dialoguées du film. Ce n’est pas évident de faire fonctionner un champ / contre champ. Il faut atteindre l’émotion, reconstruire le temps et les liens qui unissent les personnages.

Dans un champ / contre champ il faut tout re-fabriquer, à commencer par la continuité qu’il faut redonner à partir de plusieurs prises : le champ sur l’un, le contre champ sur l’autre. Il faut marier les plans, les faire se répondre, tout en donnant un aspect fluide. Il faut atteindre le naturel alors qu’on est en face du contraire : des prises uniques tournées dans des temps différents.

Un champ / contre champ c’est des centaines d’assemblages possibles et une multitude de choix de coupe. Des combinaisons multiples dont le changement d’une prise se répercute sur toutes celles qui suivent, tel un jeu de dominos. Quelques images de trop sur un regard change l’intention de jeu. Bref, nous avons beaucoup cherché.

Nous avons trouvé la plupart des solutions en coupant des petits morceaux de texte. En enlevant une phrase parce qu’elle était redondante avec le jeu de la comédienne, et qu’on privilégie l’émotion jouée à l’émotion racontée. En supprimant un morceau de texte parce qu’il créait une incohérence dans la construction de notre personnage. En renonçant à un passage jugé alors trop littéraire.

Certaines lignes de texte ont besoin d’être écrites sur papier, besoin d’être tournées, pour finalement être coupées. Elles existent malgré tout dans le hors champ des plans, dans le hors champ du film. Si Hélène ne les avait pas écrites et tournées, les comédiennes n’aurait peut-être pas aussi bien compris leur personnage, elles n’auraient pas dit les phrases suivantes avec cette émotion particulière.

Et puis la fin du montage veut aussi dire la fin d’un moment intense de travail. On sait que les relations fortes perdurent aux films, mais on sait aussi que la nostalgie du temps de montage existe.

Pour découvrir l’ensemble des articles consacrés au montage du court-métrage A travers Lucie réalisé par Hélène Joly, c’est ici.

Capture d’écran 2013-04-06 à 12.08.41

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De la structure

J’ai commencé à travailler sur le court-métrage d’Hélène Joly début février, un premier post y a été consacré ici : de la sur-impression.

Ca y est. La structure du court-métrage d’Hélène est là. Nous venons de faire un premier visionnage avec Damien Faure son chef opérateur. Damien a dit : « c’est bien ! vous avez osé »

Oui nous avons osé : les ruptures, les coupes dans le texte, la création de nouvelles séquences inspirées par les images… Nous avons osé nous affranchir d’une narration exhaustive nuisible à l’émotion.

En salle de montage, je considère toujours que le film doit se faire à partir des rushes. Exit les idées préconçues, les grands discours, il y a que la matière qui compte. C’est elle qui nous guide. C’est comme ça qu’il y a des évidences qui s’imposent. Un peu comme si le film avait un inconscient qu’on pouvait mettre a jour.

Par exemple, Hélène a écrit une magnifique voix off. Longue et intime, cette voix ne devait se placer qu’en début de film. Mais Hélène a aussi tourné une séquence pour le milieu du film, très esthétique, basée sur des reflets imbriqués d’immeubles modernes, froids, en monochrome gris. J’ai tout de suite vu – ou plutot senti – qu’une partie du texte off du début serait pour cette séquence image. Concordance de sens. Il a suffit que je soulève l’idée pour que tout s’y engouffre : nous, le son, les images. Ça a marché en deux secondes.

v1 03 mars 2013

A contrario il y a encore des séquences qui nous résistent. Une séquence a déjà fait l’épreuve de trois versions radicalement différentes. Une dans le respect du plan séquence. Une où nous avons mixé les trois versions du plan séquence en couvrant les coupes. Et une version en jump cut, parce que je donne toujours sa chance à tout, même à ce en quoi je ne crois à priori pas. Nous ne sommes pas encore satisfaites. Il faudra encore chercher et trouver une autre solution.

Mais Damien nous a aussi dit : « maintenant il faut oser plus ». Il a raison. Il faut oser encore plus. La séquence d’ouverture peut encore être épurée. Il faut lui donner complément sa valeur d’évocation en retirant un plan, trop réaliste.

Dans la séquence 2 , le texte de la voix off a finalement fait l’objet de quelques coupes. Cette séquence de déambulation a été longue à construire. La matière première était composé d’un long texte et des nombreux plans de déambulation. Le grand risque quand on a beaucoup de plans qui racontent la même chose c’est de vouloir tous les caser. Il y a des moments où il faut savoir ne pas trop découper au montage. Multiplier les angles, les points de vue, nous désoriente et nous éloigne de ce sentiment de fluidité que nous cherchons. Nous avons beaucoup tâtonné. J’ai proposé des versions où j’ai volontairement trop coupé. Pour aller à l’essence. Parce que ça permet aussi de voir – en négatif – ce qui manque. Et de le repêcher. Hélène savait précisément ce qu’elle voulait faire revenir dans le film et pourquoi.

Reste encore une chose qui me soucie. Nous avons utilisé des ralentis. Nous pensons que l’effet est nécessaire. Qu’il apporte quelque chose de plus. Mais nous n’avons pas encore trouvé la bonne manière de les amener.

Cette première étape est malgré tout validée. Et nous sommes prêtes à travailler maintenant la seconde partie du film.

Carnet de montage #2 – fiction, post précédent De la sur-impression

De la sur-impression

Carnet de montage #2 – fiction

Je retrouve avec plaisir le montage fiction en travaillant avec Hélène Joly sur son – très sensible et très féminin – court-métrage.

Mon premier bonheur est de pouvoir renouer avec les effets. J’entame donc ce nouveau chapitre sur mon blog avec les sur-impressions d’images. Un effet que j’apprécie souvent dans les films en tant que spectatrice, et que j’aime manipuler en tant que frabriqueuse de films.

J’utilise la ligne d’opacité et je mélange les images qui me semblent correspondre.

Ce matin nous avons travaillé deux imbrications de plans. Le premier Hélène l’avait en tête depuis le départ et je dois dire qu’il est de toute beauté. Une femme dort sous un lit d’eau mousseuse : elle s’immerge sous l’eau du bain en même temps que son visage dort. Magnifique. Mais c’est une sur-impression qui ne fonctionne que dans l’action. L’image arrêtée dégraderait complètement l’effet. (Heureusement quelque part puisqu’on travaille des images en mouvement).

Le second est une proposition de montage. J’ai mélangé le plan de l’ascenseur avec un ciel de nuages. L’effet est assez réussi placé là où il est dans le film.

Capture d’écran 2013-02-08 à 09.06.25

Hélène a rapporté de son tournage de la très belle matière. Je fais en sorte de l’honorer.

Elle me lance aussi un sacré défi : un plan séquence de 7 minutes d’une jeune femme qui arpente la rue du Faubourg Saint Denis. Si le chef op a assuré, je dois maintenant l’intégrer au film. Il comporte une voix off à caler qui dans l’état actuel fait 5 minutes. Je demande bien ce qui va advenir de cette belle idée maintenant qu’elle est mise à l’épreuve du montage.