W.M.

La conférence de Walter Murch à la cinémathèque enfin en ligne !

Publicités

Partager ce(ux) qu’on aime

Quel plaisir de faire découvrir à chaque cours aux étudiants un extrait de film documentaire avec pour seul critère : j’ai aimé. Je re-découvre moi-même la fabuleuse diversité et richesse du cinéma documentaire.

Nous passons des gants de boxe du Boxing gym à la délicatesse des caresses de Bresson, traversant le chapiteau de Spartacus et Cassendra.  Nous nous arrêtons pour contempler les Bovines – tu as beaux yeux tu sais !, et nous explorons Le droit au baiser et le Faits divers. Nous errons Sans soleil au Pays des sourds. Nous sommes Les glaneurs et la glaneuse, récitant notre Mare Mater. Certains me demande encore ce qu’est le C.O.D et le coquelicot. Heureusement c’est bientôt la Récréation. La Lame de fond nous fait dérriver jusqu’à la Clé de la chambre à lessive. Nous avons même terminé avec un Karaoke domestique !

Les thématiques d’écriture et de montage émergent naturellement. Début du film. Récit intime. Figure de style. Liberté. Longueur de plans. Cinéma d’observation. Ethnologie. Sensorialité. Animation. Forme d’écriture. Personnage. Mise en scène.

First and Final Frames

Le premier plan d’un film et le dernier plan d’un film… un vaste sujet de montage.

Comment ouvrir ? Comment fermer ?

A quel moment on trouve le début ? A quel moment on trouve la fin ?

Et qu’est-ce qui se passe entre ces deux plans ?? Un film…

Il y a ce qui a été filmé, pensé, imaginé, et il y a l’impact qu’on souhaite.

A l’entrée pour emmener, attraper, faire plonger dans l’univers… à la sortie pour émouvoir, boucler, ou ouvrir !

C’est souvent qu’on intérroge l’écho entre ces deux extrémités du film quand on monte. Ce sont aussi des plans qu’on cherche, qu’on guette, qu’on pose comme des pilliers.

C’est pourquoi j’aime l’idée de cette vidéo qui a rassemblé les premiers et derniers plans de nombreux films :

Eric Pauwels

« Il faut dire qu’au départ, au tout départ du film, lorsque je démarre le montage avec Rudi Maerten – et c’est important de dire que c’est un ami avec qui j’ai travaillé pendant plus de vingt ans – (…) j’embarque Rudy et la station de montage. Ce qui n’était pas possible avant avec une table de montage 16mm qui pesait des centaines de kilos. On ne pouvait pas déménager une salle de montage de cinéma ou très difficilement. On peut le faire en virtuel.

Donc je kidnappe le monteur et tout le matériel, et je loue un appartement face à la mer du nord là où le film a été pensé, voulu, imaginé, désiré, réellement. C’est vrai que je vais souvent en hibernation à la mer du nord. Je travaille un peu comme un paysan, un homme de la terre. Je récolte au printemps et à l’été, je laisse reposer en autonme et on commence à monter en hiver. J’ai souvent travaillé comme ça. 

Ce travail se fait de manière organique. Aussi bien au filmage qu’au montage j’avais l’impression de ne pas beaucoup me casser la tête, de ne pas vraiment chercher, j’avais plutôt l’impression d’être devant un arbre que je voyais pousser. C’est une matière organique qui pousse et j’avais plus l’impression d’élaguer continuellement les branches qui poussaient plutôt que de devoir ressemer des arbres ou inventer des arbres.

J’ai toujours pensé que toute opération de mise en scène est une opération de soustraction. Quand le cadreur fait le cadre, il élimine une partie du monde pour l’écouter parler, pour le regarder. On commence toujours par soustraire de l’espace pour finalement, lorsqu’on raconte le film au montage, finir par additionner du temps. Mais on commence toujours pas élaguer. C’est pour cela que le montage a duré 10 mois. Parce qu’on prend des moments de pause, quitte à payer le monteur pour qu’il ne fasse rien, pour qu’il prenne des vacances, qu’il oublie le film, et on reprend le travail avec un  nouveau souffle, on remet la matière sur le métier. »

Eric Pauwels, au sujet de son film « Les films rêvés » – Entretien à écouter ici :

« Faisons un montage rapide jusqu’au paroxysme »

« Après avoir eu une idée, l’avoir écrite, après avoir trouvé le financement, fait le casting, tourné le film, j’arrive en salle de montage comme un naufragé rejeté sur le rivage »

Alexander Payne

ou comment s’est construite la séquence des élections dans son film du même nom…

Election d’Alexander Payne 1999 – Montage Kevin Tent / Extrait du documentaire The cutting edge

Cavale

De Ne le dis à personne de Guillaume Canet, je gardais le souvenir d’une très belle séquence de poursuite sur le périphérique. Je suis allé la re-chercher pour les cours de montage que je donne. Le plaisir à la revoyure est intact. Tout y est : narration, spacialisation, rythme, intensité… César du meilleur montage pour Hervé de Luze qui a su épouser la mise en scène assez osée pour sublimer la séquence.

Orgasmic rhythm

« Pour un écrivain, c’est le mot. Pour un compositeur ou un musicien, c’est la note. Pour un monteur ou un réalisateur ce sont les images. Une image en moins ou deux images en trop ou en moins, c’est ce qui fait la différence entre une note juste ou non, entre une note dur ou douce, c’est qui fait la différence entre un truc minable et maladroit et un rythme orgasmique. »

Quantin Tarantino
Interview dans The Cutting Edge