Entendu en salle de montage

« On va trouver le début à la fin ! »

Bien oui. Quoi de plus naturel que de trouver un bon début seulement quand on a la fin du film et donc pas au début du travail mais à la fin ?

« Dans le montage, il n’y a rien de technique, ça se passe ailleurs »

Je provoquerai en disant que le montage c’est avant tout la maîtrise technique d’appuyer sur la touche « i », d’appuyer sur la touche « o » et sur une flèche rouge ou jaune. Le reste… C’est dans les yeux (comment je regarde), dans la tête (comment j’assemble), et dans les sensations (comment j’emotionne = construction des émotions par les émotions). 

Ah ! La salle de montage…

Bruits de couloir !

« C’est une bonne maladie ca ! »
« Et ta mère ? » « Et ta mère ? » « Et ta mère ? »
« C’est une bonne maladie ça… »
« On n’a pas mieux sur cette réplique ? »
Une musique démarre. Et rejoue en boucle.
De la salle 1 à la salle 5 ça monte chez « aussitôt vu » et j’aime bien me promener dans les couloirs.

Le cinéma qui s’écrit et les prises que l’on cherche y résonnent à travers les murs.

Bande son du travail du montage.

Précieux silence

Le silence est une des matières du montage.

On monte le silence.

Jamais de vide, de trou, mais bien du silence, choisi, monté, assez souvent re-créé de toutes pièces.

Du silence pour faire une pause, du silence pour respirer, du silence pour mieux entendre.

Parfois je fabrique du silence. Parfois j’invente des silences. Parfois j’en enlève simplement.

Me voilà petite ouvrière, petite couturière, à rapiécer des morceaux de silence pour en former un plus grand. Je le couds, le compose, en lui créant de petits événements sonores. Parfois je fais se terminer le vent pour laisser la place au silence de fin de journée. Parfois je ferme les yeux pour comparer plusieurs silences.

J’aimerai souvent avoir pleins de silence à ma disposition. Mais le silence est capricieux. Il n’est jamais le même. Et il n’est que très rarement silencieux ! Il nous arrive souvent de remplacer un silence qui ne s’entend pas assez. Car le silence c’est aussi une sensation, il doit donc « s’entendre ». Drôle de paradoxe.

Parfois j’en met trop, parfois je suis flemmarde et je recopie des morceaux pour faire des boucles. Puis je regrette et repars à la pêche. La pêche au silence.

Petite fabrique du temps suspendu.

Musique et montage

Je me demande d’où vient le plaisir que j’ai à monter des séquences dans lesquelles se trouve de la musique filmée. Ou tout simplement à monter, penser, et travailler la musique même quand elle ne pré-existe pas dans la situation filmée.

En quoi la musique nous inspire-t-elle autant nous les monteurs ? J’ai un collègue qui les utilise volontiers pour structurer ces séquences avant de les enlever.

Ce qui me plait à moi c’est quand la musique devient une ligne de parole. Quand elle devient autonome et qu’elle prend le relai d’un autre discours.

Je la perçois physiquement et mentalement comme une ligne ondulée, qui fait des circonvolutions et traverse les plans. Leur donnant une nouvelle dimension. Ou plutôt venant révéler quelque chose, plus difficilement perceptible sans la musique.

Je cherche la sensation de symbiose entre la mélodie musicale et la mélodie des images. La pulsation commune. Un peu comme si l’image et la note formaient un accord. Il faut qu’il y ait en même temps dissonance et résonance.

C’est compliqué à décrire. Mais la musique est puissante. Elle appelle parfois des plans précis. Parfois elle est le fondement même de la séquence.

Je me souviens d’une des premières séquences que j’ai monté seule pour la proposer au réalisateur avec lequel je travaillais sur mon tout premier film. C’était justement une séquence que j’avais travaillée musicalement.

Il s’agissait d’une discussion entre une assistante sociale, une éducatrice et une enfant. Les plans étaient lumineux, baignés de soleil, les regards des unes et des autres si présents et si doux. Sans que je me souvienne pourquoi ni comment, j’ai supprimé entièrement le son et posé un prélude de Bach sur 4 plans. On y voyait ces deux femmes remuer les lèvres et dire des choses à cette enfant dont l’attention était entière.

Elles lui disaient la musique. Elles lui parlaient ce langage des notes : douces, graves, mélodiques, sensibles, ponctués, posées. Cette séquence était en fin de film, alors qu’on avait déjà quelque part en nous-spectateur ce genre de parole. On pouvait se figurer.

Première approche du montage son

Deuxième semestre, j’attaque le montage son avec mes étudiants. Nous écoutons Daniel Deshays qui nous parle du paysage sonore.

Je m’appuie sur les différentes composantes de la bande son d’un film : les musiques, les ambiances, les bruitages, les dialogues, les voix-offs, le silence. Trop souvent oublié, le silence permet aussi de travailler la tension, la poésie, l’envol. On a parfois tendance à ajouter des sons alors qu’il faudrait en enlever.

Je parle des nombreuses découvertes que l’on fait en salle de montage dans les associations sons/images. Des conséquences pour le montage image d’un ajout ou d’un retrait de matière sonore. On accepte des longueurs de plans différentes si la bande son est musicale, riche, narrative ou simplement plaquée.

On explore le montage multipistes puis le pré-mix. Tous les outils sont là pour mon TP préféré : re-sonoriser un extrait de film muet.

A partir d’un extrait du film l’aurore, re-créer une bande son cohérente. Voici l’exercice réalisé par Camille, tout en finesse. Et celui de Fabien qui prend le contre point.

 

 

Le paysage sonore par Daniel Deshays

« C’est donner à entendre, en faisant surgir tour à tour des éléments différents et en organisant justement le parcours de ces surgissements.

Le temps est bien pour nous, c’est ça notre chance au son, c’est qu’on travaille avec le temps. Il ne faut pas penser qu’un paysage c’est une constante continuité où toutes les choses coexisteraient en même temps.

Il faut le penser en tant qu’intéret que l’on porte à une chose, puis à sa disparition parce que l’on porte intérêt à autre chose. Nous pensons sans cesse en choisissant des éléments, puis en partant sur autre chose.

Et c’est cette succession de choix qui fait qu’au final il y a production d’un paysage. »

Daniel Deshays – ingénieur du son

Claudine Nougaret

« Le son, au cinéma, on en parle que quand ça ne va pas. Ou on parle 
de la musique. Alors qu’en France, on a un savoir-faire de son direct unique en Europe. Les ingénieurs du son français sont extrêmement performants »

Claudine Nougaret, ingénieur du son, réalisatrice et productrice.

A voir : Journal de France de Claudine Nougaret et Raymond Depardon.