Les mains d’un autre

Quelle frustration ! Je ne peux pas réfléchir sans mes mains !

J’expérimente, dans le cadre d’un co-montage, la place d’à-côté. Celle qui consiste à regarder un monteur travailler et à parler. 

Tout comme la voiture à deux volants n’existe pas, le double clavier non plus. Et je m’aperçois que coupée de mes mains en train de faire, je ne peux plus réfléchir de ma façon habituelle. 

En temps normal, mon cerveau est connecté à la machine par l’intermédiaire de mes mains. 
Je fais ce que je pense. Et je pense ce que je fais. 

Là, le contact direct est coupé et ma pensée ne circule plus sur le mode manipulation – pensée – mouvement de la pensée – mouvement de la main. Mais juste mon regard et ma pensée. 

C’est la première fois que j’ai cette place, pour quelques heures heureusement. 

Et même si les échanges permettent l’élaboration, je ressens fortement la nécessité de toucher pour fabriquer. 

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« Ouvrir le film, puis décoller, voler et atterrir »

« Pour Vanda, c’était un peu plus compliqué. Avec Dominique Auvray, qui a monté le film, on a passé un an à chercher comment on allait démarrer, ouvrir le film, puis décoller, voler et atterrir. Je ne sais plus qui disait que voler ça va encore, mais décoller et atterrir, c’est difficile. On n’avait pas les habituelles scènes d’exposition, les présentation des personnages. Cela a été très difficile à trouver. Mais, comme dit Danièle dans Où gît ?, « il faut trouver. Les plans sont comme des pierres. Si on fait un mur, il faut chercher et trouver la place juste des pierres pour que ça ne tombe pas. Il y a une façon et une seule pour faire tenir ce mur. » »

Pedro Costa. Petite camera. Grand film. Le travaile du cinéma volume 1 de Dominique VILLAIN. 

Note de fin de derushage

Mots clés : « Tendresse, soleil, génération, corps, sexualité, intimité, beauté, essence, douceur, pudeur. »

Le chemin du film : la quête. Du tour des plages à Paris. Le cheminement d’une pensée, d’une collecte. Liberté ? V. semble dire qu’il s’agit de son point de départ.

Qu’est-ce que va raconter le film ? (Le film doit avoir un discours et cela doit nous guider). Quels sont le point de vue et les ambitions de V. ? (Il faut pouvoir faire des premiers choix).

Il y a beaucoup (trop ?) de matière. Comment faire ? Le risque de se perdre. De s’épuiser avant de commencer la structure.

Quelle méthodologie ? La synchro est évidante dans FCPX. Trois jours pour installer le projet dans la machine. Mais ensuite ?

Faut-il découper tous les entretiens ? Faut-il avancer en montant au fur et à mesure par mots clés ? J’ai la crainte qu’on passe un mois à sélectionner des morceaux sans monter et qu’on perde notre énergie.

Après réflexion je pense qu’on devrait derusher les entretiens en parallèle avec la réalisatrice. Dans deux salles, chacune à faire des sélections. La forme du film le demande. Une centaine de témoignages à traiter. C’est vertigineux. Peut-être qu’on se rendra compte qu’il faut procéder autrement.

Le tout ne prendra forme que si on réussit la mosaïque.

V. me parle d’une fresque qui serait composée de chacune des individualités qu’elle a filmé.

La musique ? Les archives ? La voix de V. ?

Politiser le discours ? Comment ?

Garder quelque chose d’une nature d’un film où des gens se livrent généreusement à une inconnue. Il faudra respecter le parcours même du film. J’ai peur qu’un surdécoupage donne l’impression d’une instrumentalisation des propos.

Que va-t-on chercher pour la V1 de ce film ?

Pourquoi les gens sont-ils si touchant ? Il faudra arriver à garder cette tendresse. C’est le premier mot qui m’est venu.