Lettre à celle qui m’a fait aimer les jump cut

Tu avais lu mon livre (cf : je n’aime pas les jump cut) et pourtant, toi qui les adore, tu m’as dit allons-y.

En douceur, tu m’as fait tailler les plans, les retailler, les re-retailler, et j’ai monté en jump cut.

J’ai fait des coupes garçonnes à tout tes plans. J’ai taillé des bonsaïs dans la jungle majestueuse de ta matière. J’ai haché-menu, méticuleusement, réduisant tes plans à ce rythme effréné qui nous « captive ».

Tu me disais :
– là ! Un zoom.
– là ! Deux secondes.
– là ! Ce geste.

Et j’ai coupé, coupé, coupé.

Je dois confesser que j’y vais encore en cachette par deux fois quand tu n’es pas là, le temps d’apprécier le bon coup de ciseau !

Je suis loin d’être une serial-coupeuse, mais j’ai pris de ton geste, de ton intention, de ta griffe, douce et perçante.

Les roches

Erreur du correcteur orthographique ou faute de frappe ? Plusieurs échanges sms où nous nous parlons « des roches ». 

« J’ai branché le disque dur et copié les roches dedans ». 

Les rushes deviennent des pierres, des cailloux, de la roche, de la matière solide et ancienne. C’est assez vrai pour ce projet dont les images ont parfois 14 ans.

Monter des roches moi ça me plait bien. J’adopte. 

Monter sans (se) parler

Je fais.
Tu regardes.
Tu souris. Tu repars.

Je refais. J’avance. Je laisse en vrac.

Je reviens. Tu as touché. Découpé. Remonté. Testé.

Je regarde. Je comprends. Je reprends la main. Je continue.

Je te montre. Tu me dis ce que tu ressens.
J’écoute.

Je te parle. Je t’explique. J’invente. Je commente.
Tu me dis que ce n’est pas la peine de parler.

Ne parle pas. Fais.

Je ne parle plus. J’attrape tes commentaires au vol.
Je reprends le montage. Je me sens libre et pourtant dans ton sillage.
Tu es absente et pourtant présente.

Je t’appelle à nouveau (d’un sms !). Je fais play. Tu es là.
Tu reçois mes propositions, j’incorpore tes sensations.

Nous montons.
En silence.