Oeil pour oeil

« Les raccords, c’est le cadet de nos soucis ! Les films sont bourrés de faux raccords, ce n’est pas ça qui compte. »

Je suis assez d’accord. Résumer le montage au travail des raccords comme c’est souvent le cas, c’est très réducteur. Finalement un raccord c’est simplement un point de « réconciliation » entre deux plans « coupés », le meilleur qui soit. On prend appui sur bien d’autres choses qu’une simple position parfaite des acteurs pour faire un bon raccord.

On est d’ailleurs nombreux à penser que les plus mauvais raccords sont ceux qui sont fait mathématiquement à partir d’un tournage à deux caméras. Oui le timing et les positions sont parfaits et pourtant la coupe est molle. Il est préférable en général de tricher un peu.

Mais récemment une expérience de montage sur un documentaire animalier m’a permis de ré-interroger la notion de raccord.

Quand on monte des animaux et des animaux seulement, qu’est-ce qui nous permet de relier deux plans entre eux si on exclu la simple continuité d’action ?

Voici quelques exemples, issus du film de Jean Baptiste Erreca produit par One Planet.

Le plus efficace et sans surprise : le raccord de regard
Il marche donc aussi à merveille avec nos amis les bêtes qui s’observent entre elles par la pure magie du montage.

Capture d’écran 2013-11-20 à 17.20.37

Mais qui regarde-t-il ? A vous de jouer : collez-y des fourmis qui passent, des mouches qui s’affairent, un étang…

Le raccord thématique « oeil pour oeil »

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Deux fois le même détail (les yeux) chez deux animaux différents. Marcherait également avec un même mouvement de tête ou une même action dans des décors et avec des animaux que rien ne rapprochent si ce n’est la composition du cadre ou les couleurs.

Le traditionnel et très utile raccord dans l’axe

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Capture d’écran 2013-11-20 à 17.23.22

On est souvent content de se rapprocher après avoir vu une scène de loin, mais l’inverse est vrai aussi. Si je regarde le plan serré d’abord, je suis contente qu’on me montre l’ensemble par la suite.

Bref, les animaux pour le montage c’est très instructif !

Exercice de style – diaporama sonore

A la demande d’un ami, et parce que le format m’intéresse, je me lance dans le montage d’un diaporama sonore (ou plutôt musical). Il s’agit d’un montage de photographies sur une musique originale.

Je reçois d’abord une série de photos : des visages. Des instants d’échange entre le photographe et les modèles, plus ou moins directs ou indirects, des regards affirmés ou hésitants. Des expressions, des rires, parfois même des parties du corps quand la personne n’a pas souhaité livrer plus.

Je reçois aussi un morceau de musique de 3 minutes 30 composé dans l’esprit et sur le thème des visages. Il me plait immédiatement.

Premier constat, la synergie musique / photos existe. C’est un bon point. Par contre les photos sont assez éclectiques dans leurs lumières, leurs cadrages et les poses de leurs personnages. C’est à la fois une force et une faiblesse. Il y a une cohérence à trouver et c’est là que réside le défi. Le point positif, elles expriment toutes une spontanéité qui aurait pu être brisée par une unité formelle. Je m’appuie donc sur cette force. Ce côté brut qui me semble intéressant.

Je commence par des tests. Je trouve très rapidement les trois photos d’introduction. Je fais ensuite des associations thématiques : position des personnes, type de lumière, raccord d’émotions. 

Puis les choses s’affinent. Je trouve un rythme, une disposition, je m’appuie sur la musique. Je cherche l’alliance musique / image et images entre elles.

Je choisis et pose rapidement les images de fin. Il me semble important de baliser dès le commencement un début et une fin. C’est ce qui ne bougera plus et qui délimite, un ton, une émotion, une direction. 



Je monte tout en cut et sans aucun mouvement. Je choisis un cadrage unique car je n’aime pas les changements de la taille de la fenêtre au sein d’une même séquence.

Alors que j’étais parti pour faire de petits mouvements dans les images, je choisis finalement de laisser les choses en l’état. Il me semble plus intéressant que l’œil se promène dans l’image plutôt que de bercer doucement le spectateur avec de petits mouvements qui le rendraient totalement passif. Ce n’est pas une règle, c’est ce qui s’impose pour ce montage.

La séquence prend forme. Quelques ajustements. Et voilà. Premier diaporama monté. 
Sur FCPX et sans effet.

Capture d’écran 2013-05-12 à 13.43.57

La timeline magnétique

Suite de mes aventures sur FCPX – premier article ici.

J’ai enfin découvert la timeline magnétique en montant 13 minutes de reportage dans FCPX. Je me suis parfois arraché les cheveux mais tout en me disant « allez un petit effort, c’est tellement agréable par ailleurs ». Car c’est ce qui est très étonnant : le plaisir qu’on peut avoir à travailler dans cette timeline.

Il faut passer outre la perte de repère des raccourcis, où l’on se maudit de s’imposer un nouvel outil, pour profiter de cette sensation où tout semble glisser.

Les plans coulissent, le son ondule avec une précision délectable, rien de véritablement novateur mais tout est si intuitif et esthétique. Il n’est finalement question que d’ergonomie.

Là où il fallait trois manipulations, il n’en faut qu’une. On déplace les plans comme on le veut. On ajuste sur le son grâce un affichage des ondes mille fois plus performant dont on ne pourra plus se passer (retour à FCP7 dur dur).

Tout est à porté de main. On peut travailler pendant la lecture et ainsi « fignoler » en temps réel. Une somme de détails dont certains diront qu’ils sont gadgets mais que je trouve au contraire fondamentaux. C’est un outil pensé pour les monteurs qui aiment leur machine et la vivent comme une extension de leur propre corps / pensée.

Les seules choses qui me manquent et qui nous valent quelques cris en salle de montage tant je me sens prise au piège c’est l’impasse sur les points d’entrée et de sortie. Si on les déplace au sein d’un plan il est impossible de se servir de l’annulation. Arrrg !!

Timeline magnétique FCPX

FCP X première approche

Je démarre un projet de montage sur FCP X. Il s’agit d’un reportage de 26 minutes.

Ce que je découvre du logiciel, contre toute attente, me plait énormément !

Mais commençons d’abord par un petit historique de ma découverte du logiciel.

A sa sortie, j’ai eu de nombreuses réticences. Un réflexe primitif de base : pourquoi passer sur un nouveau logiciel ? Pourquoi ressemble-t-il tellement à iMovie ? Pourquoi faut-il se plier à cette nouvelle organisation qui semble verrouillée de toutes parts ? Des fonctions automatisées ? Une volonté de parler autant aux pros qu’aux amateurs ? Je me sentais moins libre de travailler comme je l’entendais. Tout me paraissait formaté : un clic et hop une balance automatique, un filtre sur le son… il ne manque plus qu’une analyse automatique des rushes et des raccords qui se font tout seul !

Une autre chose m’avait fait fermer rapidement le logiciel au premier test : cette organisation en mots clés. Cela me semblait fastidieux et réducteur de devoir résumer mes contenus à des mots clés. Lors de mon premier essai, j’en avais tellement mis que je ne comprenais moi-même plus rien.

Puis le temps a passé. J’ai entendu parler de FCPX en termes élogieux et cela a attisé ma curiosité.

Me voici donc lancée dans une nouvelle aventure technique.

Cette fois-ci me voilà rapidement séduite. Je découvre l’import et le dérushage avec un nouvel oeil. Des fonctions très intéressantes pour des actions groupées qui allègent considérablement le côté technique de mon travail.

La machine n’est plus un frein, tout se fait en tâche de fond pendant que j’avance à mon rythme.

La vision quasi permanente des rushes sous forme de pellicules qu’on déroule est très agréable. Cela donne le sentiment de rentrer encore plus dans les images.

On fait moins de clic. Les opérations sont plus simples tout en étant aussi performantes.

Les mots clés ne me gênent plus parce que je découvre qu’il faut rester sobre. J’évite d’en utiliser à tout va. Ils viennent juste remplir la fonction des dossiers tout en m’offrant une plus grande souplesse dans mes recherches.

Le logiciel n’est pas simplement intuitif ou simplifié, il me semble juste bien pensé. Les choses sont à leur place, les outils sont regroupés intelligemment. Des fonctions manquantes sont là.

La suite des aventures est donc à suivre… Serais-je aussi intéressée dans la partie montage ?

FCPX