In the mood for slow motion

Magnétique, puissant, sensuel, le ralenti au cinéma me fascine.

Il y a le ralenti qui épouse la rythmique des corps, et montre ce que d’avantage on ressent dans la vie : la différence entre le temps réel et le temps perçu, fragment d’une demie-seconde qui s’éternise et s’étire à l’infini, dans la souffrance, dans la peur, comme dans la béatitude.

Le ralenti comme une oeuvre musicale qui embrase les corps et y souligne le désir. Contemplation et fusion suprême d’une musique, d’une gestuelle ou d’un corps qui se meut et s’émeut avec grâce.

Le ralenti qui permet de déguster. De jouir pleinement d’un moment tant attendu dans le film.  On contemple et partage en symbiose avec les personnages un moment pleins.

Et puis il y a celui de la distorsion du temps qui fait apparaitre la beauté cachée des perceptions intimes et infimes. Un regard, une posture, un geste, un instant dans l’instant dans le fragment de la seconde…

Sublime temps suspendu d’Adam Magyar :

Adam Magyar, Stainless – Xidan (excerpt)

Offrez-moi, s’il vous plait, des plans à ralentir…. ralentir…. ralentir… jusqu’à trouver le point qui fera vibrer la corde émotionnelle du coeur des spectateurs.

A revoir…

Melancholia, Lars von Trier

In the mood for love, Wong Kar Wai

Les ralentis chez Wes Anderson

De la sur-impression

Carnet de montage #2 – fiction

Je retrouve avec plaisir le montage fiction en travaillant avec Hélène Joly sur son – très sensible et très féminin – court-métrage.

Mon premier bonheur est de pouvoir renouer avec les effets. J’entame donc ce nouveau chapitre sur mon blog avec les sur-impressions d’images. Un effet que j’apprécie souvent dans les films en tant que spectatrice, et que j’aime manipuler en tant que frabriqueuse de films.

J’utilise la ligne d’opacité et je mélange les images qui me semblent correspondre.

Ce matin nous avons travaillé deux imbrications de plans. Le premier Hélène l’avait en tête depuis le départ et je dois dire qu’il est de toute beauté. Une femme dort sous un lit d’eau mousseuse : elle s’immerge sous l’eau du bain en même temps que son visage dort. Magnifique. Mais c’est une sur-impression qui ne fonctionne que dans l’action. L’image arrêtée dégraderait complètement l’effet. (Heureusement quelque part puisqu’on travaille des images en mouvement).

Le second est une proposition de montage. J’ai mélangé le plan de l’ascenseur avec un ciel de nuages. L’effet est assez réussi placé là où il est dans le film.

Capture d’écran 2013-02-08 à 09.06.25

Hélène a rapporté de son tournage de la très belle matière. Je fais en sorte de l’honorer.

Elle me lance aussi un sacré défi : un plan séquence de 7 minutes d’une jeune femme qui arpente la rue du Faubourg Saint Denis. Si le chef op a assuré, je dois maintenant l’intégrer au film. Il comporte une voix off à caler qui dans l’état actuel fait 5 minutes. Je demande bien ce qui va advenir de cette belle idée maintenant qu’elle est mise à l’épreuve du montage.

Beurk ! – pourquoi je n’aime pas les jump cut

Jump cut : Effet de transition donnant l’impression que le monteur était saoûl et qu’il a coupé des morceaux à l’intérieur des plans.

Capture d’écran 2013-02-01 à 22.08.35

Pourquoi je n’aime pas les jump cut ?

1 – Ça tue la narration : on répète trois, quatre, cinq fois le même plan. Y’a juste un mini truc qui change : gestuelle du comédien, verbiage du comédien… résultat : au lieu d’avancer dans le récit, on fait du sur place (quand on ne fait pas marche arrière).

2 – C’est (généralement) moche. Ca fait mal aux yeux.

3 – Ça empêche de penser à comment se sortir d’une impasse ? d’une longueur ? et de trouver une écriture aussi efficace qu’esthétique.

4 – Quand ça se veut drôle, ça repose sur un comique de répétition qu’on devance dès la première coupe.

5 – Monter c’est choisir LA partie du plan qui nous intéresse, pas montrer les quatre morceaux qu’on arrive pas à départager.

6 – C’est typiquement un artifice formel qui 1- ne créer pas de rythme, au contraire 2- n’accélère pas le temps (sinon autant utiliser le filtre vitesse x200%) 3- n’est absolument pas novateur ni moderne, bien au contraire…

7- Ça porte par contre parfaitement bien son nom : « coupe sautante ». Je saute d’horreur à chaque fois sur mon fauteuil.

Bref. Je n’aime pas les jump cut.