Monter sans (se) parler

Je fais.
Tu regardes.
Tu souris. Tu repars.

Je refais. J’avance. Je laisse en vrac.

Je reviens. Tu as touché. Découpé. Remonté. Testé.

Je regarde. Je comprends. Je reprends la main. Je continue.

Je te montre. Tu me dis ce que tu ressens.
J’écoute.

Je te parle. Je t’explique. J’invente. Je commente.
Tu me dis que ce n’est pas la peine de parler.

Ne parle pas. Fais.

Je ne parle plus. J’attrape tes commentaires au vol.
Je reprends le montage. Je me sens libre et pourtant dans ton sillage.
Tu es absente et pourtant présente.

Je t’appelle à nouveau (d’un sms !). Je fais play. Tu es là.
Tu reçois mes propositions, j’incorpore tes sensations.

Nous montons.
En silence.

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Précieux silence

Le silence est une des matières du montage.

On monte le silence.

Jamais de vide, de trou, mais bien du silence, choisi, monté, assez souvent re-créé de toutes pièces.

Du silence pour faire une pause, du silence pour respirer, du silence pour mieux entendre.

Parfois je fabrique du silence. Parfois j’invente des silences. Parfois j’en enlève simplement.

Me voilà petite ouvrière, petite couturière, à rapiécer des morceaux de silence pour en former un plus grand. Je le couds, le compose, en lui créant de petits événements sonores. Parfois je fais se terminer le vent pour laisser la place au silence de fin de journée. Parfois je ferme les yeux pour comparer plusieurs silences.

J’aimerai souvent avoir pleins de silence à ma disposition. Mais le silence est capricieux. Il n’est jamais le même. Et il n’est que très rarement silencieux ! Il nous arrive souvent de remplacer un silence qui ne s’entend pas assez. Car le silence c’est aussi une sensation, il doit donc « s’entendre ». Drôle de paradoxe.

Parfois j’en met trop, parfois je suis flemmarde et je recopie des morceaux pour faire des boucles. Puis je regrette et repars à la pêche. La pêche au silence.

Petite fabrique du temps suspendu.