Claudine Nougaret

« Le son, au cinéma, on en parle que quand ça ne va pas. Ou on parle 
de la musique. Alors qu’en France, on a un savoir-faire de son direct unique en Europe. Les ingénieurs du son français sont extrêmement performants »

Claudine Nougaret, ingénieur du son, réalisatrice et productrice.

A voir : Journal de France de Claudine Nougaret et Raymond Depardon.

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Premier regard extérieur

Nous travaillons avec Anaëlle Godard depuis trois semaines. Nous avons monté et assemblé sept séquences, afin de tester les grands principes d’écriture du film. Nous avons pris ce qui nous semblait le meilleur et avons cherché une forme cohérente.

Nous en sommes à ce moment où, après trois semaines d’expérimentation, de tâtonnement, de réflexions, de création, nous dévoilons aux yeux d’un autre ce premier morceau de montage.

Autant dire que toutes les deux, la réalisatrice et moi, on n’en mène pas large. On le sait, c’est fort. On le sait, c’est là. Et pourtant, le fait de sortir de notre confinement, de faire valider nos perceptions par celle d’un tiers est un moment que l’on appréhende.

Est-ce trop démonstratif ? Trop contemplatif ? A-t-on suffisamment bien distillées les informations nécessaires ? La poésie fonctionne-t-elle ?

Quand on fait un film, on le fait avant tout pour « l’autre », le spectateur, et cette épreuve du premier regard extérieur est un moment fort.

Les intentions seront-elles transmises ? Les effets narratifs et émotionnels se produiront-ils ?

Le visionnage se passe. Les mots sont positifs. Ça fonctionne bien. Il semblerait qu’on en ait plutôt légèrement trop dit que pas assez (mon obsession de la natation, des clés a donner).

Quelques questions de dosage. Quelques plans trop beaux (bah oui facile de se faire avoir par de la trop belle matière). Tout cela est évident. Nous corrigeons. C’est plaisant. On gagne en puissance et en dramaturgie.

Carnet de montage #1 – documentaire / post précédant Pause

Processus de travail

Au départ il y a les rushes de cette séquence – bruts. Quelques trente minutes d’entretien, audacieusement mis en scène dans un atelier de poterie. Au visionnage, une première déception, l’entretien ne décolle pas.

Nous comprenons assez rapidement pourquoi. Il était ambitieux de mener un entretien croisé avec trois personnes en même temps. Le ton d’une conversation informelle l’emporte trop souvent sur le contenu. Et pourtant on sent que ça pourrait marcher. Qu’il y a peut être quelque chose à sauver.

On décide de tenter le coup.

Première étape : isoler le discours qui nous intéresse et monter au son sans trop se soucier des coupes images. Il faut déjà reconstruire un récit. Hiérarchiser les idées. Il faut ensuite gommer les tics de langage et couper les digressions qui nous font décrocher.

Cette première partie terminée, nous nous retrouvons face à une matière difforme. La continuité sonore est bien, le discours re-fabriqué fonctionne, mais les coupes image sont inacceptables en l’état et assez nombreuses.

Les plans dit de coupe sont rares. On a bien la fenêtre de l’atelier, quelques poteries, mais vraiment pas grand chose. Et puis ce n’est pas très enthousiasmant de monter des plans de coupe aussi vide de sens.

Nous vient alors l’idée de re-créer deux histoires parallèles : une femme qui fait de la poterie pendant l’entretien-conversation des trois autres et une histoire de chevaux sous la pluie à la tombée de la nuit par la fenêtre. Les rushes existent. Ils ont plusieurs mois de tournage d’écart, mais qu’importe. Nous crérons une nouvelle temporalité. Même si nous doutons, de nombreuses fois, nous persévérons.

L’expérience devient grisante. Petit à petit les histoires se nourrissent les unes et les autres. Toutes s’imbriquent, permettant des jeux de complicité et des temps de pauses aussi nécessaires qu’intéressants.

Il semblerait que ce jeu de construction, qui tient à très peu de chose, fonctionne. Mais comme pour la bonne pâte à crêpe, nous decidons de laisser reposer. Plus aucun recul pour savoir. La re-découverte la semaine prochaine nous dira ce qu’il en est. Avons-nous sauvé quelque chose ? Etait-ce un leurre ? Peut-être une étape transitoire avant autre chose ? ou bien le début du renoncement à cet entretien…

J’y crois assez tout de même.

Carnet de montage #1 – documentaire / post précédant Fin de semaine

« Faisons un montage rapide jusqu’au paroxysme »

« Après avoir eu une idée, l’avoir écrite, après avoir trouvé le financement, fait le casting, tourné le film, j’arrive en salle de montage comme un naufragé rejeté sur le rivage »

Alexander Payne

ou comment s’est construite la séquence des élections dans son film du même nom…

Election d’Alexander Payne 1999 – Montage Kevin Tent / Extrait du documentaire The cutting edge

Fin de semaine

Accompagner une réalisatrice sur un premier film, comprendre sa démarche, son univers, sa pensée, la guider dans le respect de son travail.

Sculpter un nouveau monde avec des morceaux de plans pris un peu partout dans le temps du tournage. Avancer, construire, voir naître l’objet film.

Concrétiser ses bonnes intuitions de cinéaste, faire de la magie avec ce qui est bancal, en coupant, trichant, inventant de nouvelles écritures.

Se laisser surprendre. Y croire jusqu’au bout. Ne jamais aller contre la matière. Encourager les bonnes idées.

Magnifique fin de semaine.

 

Carnet de montage #1 – documentaire / post précédant Marc, Claire et les autres 

Marc, Claire et les autres

Je viens (donc) de commencer à travailler sur le film d’Anaëlle Godard un documentaire de création de 90 minutes. Cinéma direct et entretiens, tout ce que j’aime.

A l’issu de cette première semaine de travail, j’avais envie de parler de ce moment où le film « s’installe » en nous. Où il s’enroule et s’enracine. Insidieusement, malicieusement, délicatement.

Une semaine seulement que je travaille avec A. et déjà ses images et ses « personnages » s’immiscent dans mes pensées. Ils investissent mes conversations, me rendent visite dans mon sommeil.

Les gens qu’elle a filmés, avec amour et tendresse, je semble maintenant les connaître. Je pense à eux en faisant mes courses. J’ai déjà l’impression d’avoir un lien intime avec eux, même si il est tout a fait partiel et virtuel.

Cette chose je l’ai déjà vécu. Avec Françoise (Dolto) et Simone (Lagrange). Je sais que cette empathie va grandir, que ce petit monde va m’habiter le temps du montage et bien plus encore.

Ces « rencontres » sont un des nombreux plaisirs de mon métier.

Capture d’écran 2013-02-10 à 17.33.35

Carnet de montage #1 – documentaire / post précédant Commencement

Expliquer le raccord de mouvement

Mon travail d’enseignante en montage me permet d’élaborer tout un tas de choses, moi qui suis plutôt intuitive et peu bavarde. Pour transmettre à mes étudiants, je dois analyser mon intuition, mon expérience, ma connaissance et la traduire en mots simples, constructifs, expliquant l’opération dans un ordre chronologique. C’est un exercice que j’aime bien.

Aussi cette année j’ai trouvé une nouvelle image pour expliquer le raccord de mouvement. Une image parlante puisque le lendemain les étudiants y faisaient référence.

A l’intérieur même d’un raccord dans le mouvement, on peut établir une rythmique. J’ai listé trois cas : « on amorce le mouvement dans le premier plan, les deux tiers se passent dans le plan suivant » ; « on effectue la coupe à la moitié du mouvement » « on garde les deux tiers du mouvement dans le premier plan pour terminer le geste dans le second ». Un schéma très simple illustre cette rythmique :

I—I———–I
I——-I——-I
I———–I—I

Le raccord « bien au milieu » étant à éviter au maximum. Il est lourd et mollasson.