Recette pour la fabrication d’un teaser

 Il n’y a évidement aucune recette, je trouve juste drôle la manière dont j’ai procédé pour le montage du teaser du film d’Hélène pour lequel j’avais carte blanche et pour lequel j’étais, au départ, aussi blanche que la carte.

Recette pour la fabrication d’un teaser

1- Sélectionner parmi la bande-image du film les plans qui vous semblent les plus beaux, les plus emblématiques et/ou symboliques du film, les temps forts. Ne pas vous soucier des sons, réserver pour plus tard.

2- Prendre la bande-son. La réduire à son essence sans vous préoccuper des images. Couper les fragments les plus forts. Les isoler.

3- Recoller tous les plans et tous les sons. Voilà votre nouveau corpus. Travailler, pétrir, jongler, imbriquer et vous obtiendrez une première version de votre teaser.

4- Faites un export. Présentez le travail à votre réalisatrice. Faites quelques ajustements sous son regard éclairé.

C’est prêt. Bon visonage.

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Parité, mixité et question de genre en salle de montage

Avec un collègue monteur

– L’idéal c’est d’avoir des équipes mixtes au montage. Un homme et une femme ne regardent pas un plan de la même façon.

– Je n’y avais jamais pensé. Tu penses qu’un monteur et un monteuse c’est différent ? En dehors de leur sensibilité personnelle ?

– Tu as un plan avec un homme et une femme par exemple, le mec ou la nana qui monte ne va pas regarder les mêmes choses.

– Personne ne va regarder le plan de la même manière. La question c’est quid de la sensibilité féminine vs masculine ? Ça doit dépendre des projets.

– Quand j’étais assistant j’ai toujours bossé avec des chef monteuses, j’ai été formé par des femmes en quelque sorte. Et c’est pour ça que je peux dire qu’on ne voit pas les choses pareil.

– Il y a quelque chose de la différence et de la complémentarité qui doit fonctionner comme ça. Lorsque j’ai moi-même réalisé un film j’ai pris un monteur. Et c’est vrai que son regard, doublement extérieur je dirais, m’a beaucoup apporté.

– Après, la collaboration ne se résume pas à l’artistique. Il y a aussi les affinités. Il faut quand même pouvoir vivre dans une grande proximité physique et psychique entre monteur/teuse et réalisateur/trice.

– C’est marrant un jour une réalisatrice m’a demandé si je m’entendais bien avec les femmes. Si ce n’était pas trop difficile d’être enfermé entre femme dans une pièce pour monter monter monter… Je n’avais pas su quoi répondre tellement ce n’était ni un problème ni une question pour moi. Il y a tellement de paramètres qui me semblent plus déterminants : premier film ou non, première collaboration ou habitude de travail, différence de génération, rythme de travail, compréhension de l’univers de l’autre, langage commun, humour et partage de valeurs…

(Sonnerie du métro)

– C’est là que je descend. À lundi !

Dans l’imaginaire des gens le montage reste un métier de femme… et je trouve ça toujours étrange qu’on me pose aussi fréquemment la question suivante :

– Mais à ton avis, pourquoi est-ce un métier de femme ? (et pourquoi pas ??)

Alors que les statistiques nationales du ministère de la culture 2013, d’après les déclarations des congés spectacles, nous donne les chiffres suivants :

Chefs monteurs et assistants monteurs = 62 % sont des hommes.

Par contre, elles ne disent pas si on monte pareil ou différemment !

Plan de coupe

Aujourd’hui en salle de montage avec Anaëlle Godard

– On devrait arrêter de dire « plan de coupe ». C’est moche « plan de coupe ». C’est péjoratif.

– Respiration ?

– Oui, souffle.

– Pause, ouverture, paysage, repos, écoute, extérieur… On peut en dire des choses.

– Un plan de coupe doit au contraire assurer une continuité…

– Disons un plan de continuité alors !

Plan de coupe

Effet boomerang

Pour découvrir l’ensemble des articles consacrés au montage du court-métrage A travers Lucie réalisé par Hélène Joly, c’est ici.

Dernièrement j’ai pu découvrir avec beaucoup d’émotion le mixage et les musiques originales du film d’Hélène Joly que j’ai monté. Moment très fort. C’est à la fois nouveau parce que ces sons et ces musiques je ne les avais jamais entendu, et comme connu parce que nous les avions tellement fantasmés.

Tout le long du montage on parle musique, montage son, on monte nous même certains sons, comme une pré-visualisation, on pense à tout cela. On le prépare. Ca fait partie de l’écriture, de la narration, des ambiances du film, des émotions qu’on veut insuffler au récit, bref du montage.

Il est révolu le temps du « montage image ». Le monteur monte tout. Les images, les sons, les musiques et quand on ne les a pas, on ne cesse d’en parler. On est loin de se préoccuper que des images !

On dialogue beaucoup au sujet de la bande son en général. On invente. Qu’est-ce qu’on va raconter avec ce son d’orage ? La pluie comment doit-elle sonner ? Quelle texture ? Quelle puissance ? Et là, le bruit des draps, tu verra ça va apporter de la présence…

Pour la musique c’est pareil. Il y a ce qu’Hélène imaginait au départ, et tout le chemin qu’on a fait ensemble. Ses intuitions : « je veux de la musique électro » et les miennes « il te faut des brillances, comme des scintillements, c’est ça qui apportera le contraste et révélera ce que ton personnage porte en elle ».

Après le faire c’est autre chose. Ce sont même des métiers différents : monteur son, compositeur, mixeur. Hélène est donc parti avec notre montage sous le bras pour sa grande tournée de post-production. Il y a d’abord eu un travail avec un monteur son qui a nettoyé les sons et complété notre écriture. Une grande partie du film d’Hélène se déroule sous la pluie. Il ne s’agit pas de coller une ambiance de pluie tout le long de la séquence. Ils ont donc travaillé sur les textures de chaque son.

Hélène est ensuite allé chez son compositeur de musique. Ils ont écrit et composé pour le film « à l’image ». C’est à dire que de notre côté le montage image était verrouillé. Ce n’est pas toujours le cas, mais pour ce film c’était possible. On avait pensé en amont les espaces pour la musique. On avait travaillé avec cette donnée dès le départ.

Enfin il y a eu le mixage. Numéro d’équilibriste, où comme un chimiste, le mixeur équilibre chaque composant de la solution pour trouver un ensemble cohérent et complet.

Le film me revient donc comme un boomerang, enrichit et déployé. L’étalonnage est en cours.

Restera tout bientôt à l’offrir aux yeux de tous.

Petit extrait de la bande son signée Fabrice Naud, Xavier Roux, Nicolas Bredin et Marco Schiavoni (musique et mixage)

Forum des métiers du cinéma

CYCLE DE RENCONTRES PROFESSIONNELLES

>> En partenariat avec Côté Court

LE METIER DE MONTEUR (FORUM METIERS DU CINEMA)
En direction des auteurs-réalisateurs et techniciens.

Le 12/06, de 14h à 16h, au Ciné 104 de Pantin, les invités de notre 6ème rencontre seront Emmanuelle JAY et Isabelle MANQUILLET (co-présidente des Monteurs Associés).

Au programme : les compétences requises (savoir-faire et savoir-être), les différents types de parcours, la chaîne de post-production et le choix d’un support face à l’évolution des dispositifs techniques, les clés d’une collaboration optimale entre le réalisateur et son monteur, la gestion des nouveaux entrants et la question de la transmission des savoirs.

LIEU
Ciné 104
104 avenue Jean Lolive, 93500 Pantin
Métro : Eglise de Pantin

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Teodora pécheresse

Il est des films qui vous donnent l’envie de travailler avec un(e) auteur(e).

Parce qu’un mélange d’amour, d’admiration, de langage commun, de frissons vous envahissent au premier plan. Et qu’ils ne vous quittent plus.

Vous êtes épris(e) d’un rythme, d’une manière de filmer, dont vous sentez que chaque seconde vous rapproche encore plus de son auteur. Vous vibrez d’une manière particulière. Vous faîtes corps avec le film. Il est vous. Chaque détail entre en résonance avec vos propres choix et vous reconnaissez votre cinéma. Vous savez que c’est rare. 

Vous savez que vous parlez la même langue. Vous savez que vous comprenez tout, y compris les faiblesses. Vous savez que vous aimez, profondément, que se sont vos couleurs et vos batailles.

Alors vous voulez rencontrer cet(te) auteur(e). Vous voulez lui dire que vous avez compris. Que c’est beau. Que ce film, vous auriez aimé le vivre complètement, le construire, le comprendre, l’accoucher. Que c’était pour vous.

Je suis de celles et ceux qui se sentent plus portés par l’empathie et la complémentarité que par la simple différence de point de vue. Avoir du recul est important mais un film n’est pas une couverture que chacun tire à son côté. C’est une toile que l’on tisse harmonieusement, amoureusement, ensemble.

Gros plans. Longueurs. Beauté d’un geste. Lumière naturelle. Peau. Amour. Passion. Documentaire. Fiction. Musicalité.

Teodora pécheresse est un film comme ça. Un film qui m’a chuchoté à l’oreille « cette Anca Hirte (la réalisatrice) est de ta famille ». Son cinéma est beau. Il est grand, il est ce pourquoi tu fais ce métier.

Alors j’ai rencontré Anca. Et j’ai aimé.

A suivre… et à voir…

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