Orgasmic rhythm

« Pour un écrivain, c’est le mot. Pour un compositeur ou un musicien, c’est la note. Pour un monteur ou un réalisateur ce sont les images. Une image en moins ou deux images en trop ou en moins, c’est ce qui fait la différence entre une note juste ou non, entre une note dur ou douce, c’est qui fait la différence entre un truc minable et maladroit et un rythme orgasmique. »

Quantin Tarantino
Interview dans The Cutting Edge

Raccord par analogie – « Sans soleil » de Chris Marker

L’un de mes raccords favoris assez peu employé : le raccord par analogie.

« On peut utiliser une analogie de formes ou de couleurs entre deux images pour effectuer un raccord. C’est un type de raccord qui permet d’établir un lien d’idées très fort et qui évoque un procédé métaphorique. »

« Il opposait le temps africain au temps européen »

La tête et le corps

Monter ce n’est pas qu’avec la tête ! Chez moi, le corps entier participe à l’action. D’abord parce que monter est une activité sensorielle. Il faut sentir tout le temps : la coupe, le rythme, l’accroche.

La concentration elle aussi impacte le physique : dos bien droit, inclinaison sur l’avant, regard porté vers le haut sur les écrans de contrôle.

Et puis cette communication entre les rushes et mon propre rythme. Ma respiration comme ancrage pour déterminer la respiration du film, mes sensations pour trouver l’accord, la justesse.

Je suis toujours prête à dégainer sur mon clavier. Mes mains sont en fusion avec la machine.

Une journée de montage est une expérience physique souvent puissante à laquelle se mêle bien évidement réflexions, pensées et savoirs.

Raccord champs/contre-champs joliment trompeur – « Faits divers »

Premier article de cette catégorie « Raccords » : Faits divers de Depardon. Montage de Françoise Prenant.

Vers la toute fin du film, un long plan séquence fixe sur le discours officiel du chef de la police qui est muté. Emouvant. Le plan suivant : des policiers les yeux rivés sur… un poste de télé. Le temps d’une fraction de seconde, nous collons imaginairement l’espace / temps, suivant la logique du champs / contre champs, mais non ! Le son off de la télé défait notre construction mentale. Nous sommes déjà ailleurs. Télescopage.

Le troisième plan est celui d’un policier en uniforme qui marche dans la rue au petit matin. La bande son du match de foot résonne sur le plan. Bel effet.

Lussas 2012

Je vais pour la première fois aux Etats généraux du film documentaire. Sur fond de nature 5 salles de cinéma improvisées dans le village proposent des projections généreuses (jusqu’à 4h de projections pour une seule séance).

Mon séjour, malheureusement trop court, me permet d’assister à quelques-unes d’entre elles.

Mes coups de coeurs :

« Rouge » d’Alice Heit, un court-métrage plastique qui dépasse largement son sujet à coup de plans inventifs et poétiques, ultra féminin et engagé.

« Toujours mort, enfin vivant » de Richard Frank, un film d’art où corps et image ne font plus qu’un et où la bande son permet cette symbiose (quasiment aucune voix, un apparent silence au service de la rythmique du corps). Il y a là aussi un modèle du genre de l’utilisation du son-fréquence, à montrer à mes étudiants.

et « Café noir et cheveux rouge » de Milena Bochet. Un documentaire immersif tout à fait étonnant dans sa (non)narration.
Note pour plus tard : aller interroger la réalisatrice à ce sujet.

Le cinéma sans voix off est fort, puissant, il rend curieux. Curieux des manques.

À Lussas, les raisins frais remplacent les pop-corns. Chaque spectateur, muni de sa petite barquette de fruits, va et vient grignotant petit à petit les énormes grappes de chassela. Ici tout se partage : sa table, son programme, ses impressions… son raisin.

J’ai aimé Lussas.