Passer d’un 90min à un 52min

Les formats télés nous imposent la durée de nos documentaires.

Après avoir jonglé pour arriver à un 90 minutes tout pile, nous avons relevé le défi de sortir une version 52 minutes du même film.

Soit une réduction de 38 minutes !

Nous n’avons pas tergiverser longtemps, et nous avons opté pour une réduction très millimétrée !

En coupant astucieusement un petit peu partout, nous avons (je crois) garder le chemin du film, le ton du film, l’équilibre animation / discours scientifique du film.

Change quand même la rythmique qu’il a justement fallu adapter à plusieurs reprises.

« On n’est plus dans la même écriture temporelle ». Globalement ça va plus vite – on ne s’éternise pas sur les archives – mais paradoxalement on gagne aussi pleins de petites respirations agréables puisqu’il y a moins de virages à pendre entre deux sujets.

Voici mon plan de coupe !

(Colone de gauche : le TC du 52minute, colonne de droite le temps enlevé a chaque coupe exemple : moins 35 secondes et 13 images).

Publicités

Envoyé spatial

Retrouvez « Thomas Pesquet, l’envoyé spatial » – un film de Jurgen Hensen et Pierre-Emmanuel Legoff produit par la 25ème heure dont j’ai tenu le carnet de montage ici même. 

Diffusion le 8 juin à 20h55 sur France 2. 
Pour ceux qui aiment les astronautes en chaussettes, l’arrimage des cargos spatiaux, les belles images de notre terre, et surtout, pour partager un petit temps de la mission de Thomas Pesquet.

Des étincelles pleins le hublot !

Capture d’écran 2017-06-05 à 10.13.17.png

Semaine 7 – l’heure des (mauvais) choix

Ma version du film fait 56 minutes. Je dois / nous devons, « descendre » / « tomber » / « couper » pour arriver à 52 minutes.

C’est l’heure des (mauvais) choix.

Faut-il faire, à un moment, les mauvais choix pour s’assurer qu’au contraire nous faisons les bons ? Faut-il s’avancer un peu sur la piste contraire, pour se rendre compte que le chemin que nous avons choisi jusqu’alors était bien le bon ?

Une sorte de preuve par l’expérience.

Après avoir « ratiboisé » la plupart de mes séquences préférées, pour faire plus « efficace »… après avoir coupé dans les plus jolis moments, parce que ce qui est beau ou émouvant demande du temps et donc qu’on peut y voir des longueurs à couper… nous constatons que le film manque cruellement d’air et que les coupes génèrent des frustrations.

Les coupes franches sont mieux passées que les réductions et les essorages de séquence.

Je m’empresse de redonner de l’air partout et je vois le film reprendre des couleurs.

J’aime toujours beaucoup ce moment où ce qu’on enlève fait l’épreuve de la raison et du manque. Il y a ce qui manque et ce qui ne manque pas. Une manière d’éprouver la véracité des choix.

Cette « technique » offre aussi la possibilité de « casser » des choix posés depuis (trop) longtemps et d’envisager de nouvelles constructions plus proche de la structure actuelle et définitive du film.

C’est aussi le moment où ce qu’on « jette » part définitivement dans l’oubli et ce qu’on ne repêche pas aussi. On pèse et sous pèse, mais toujours pour le mieux, le film grandi !

 

 

Semaine 6 – A1, A2, A3, A4… montage son

Cette semaine je monte en-dessous de la piste V1.

D’abord parce que c’est le temps du commentaire… placement de la voix, du texte, du off, des mots sur les images.

Exercice périlleux, qui se cherche lui aussi. Le bon ton, la bonne écriture, les bons liens, les bonnes informations. J’accompagne mais je n’écris pas. J’enregistre, je cale, je retouche mon montage pour faire la place.

C’est aussi le temps des dernières petites coupes. La part belle faîte au son cette semaine. Boucher les trous, enrichir, sculpter les coupes en les pensant par le son qui rythme la découpe. Faire du montage son un allier pour le montage image. Nourrir cet espace plus vaste, raconter ce qu’on ne voit pas en le faisant entendre.

Track 1, 2, 3, 4 les « in ». Track 5 & 6 les offs. Track 7 : le com. Track 8 & 9 la musique. 9 pistes audio pour une piste vidéo ! Quand je dis que c’est plus vaste le son !

Et puis vendredi le premier visionnage avec la chaîne. Tout le monde a graté le papier de ses notes de visionnage pendant la projo. Bilan : All is good ! On attaque sereinement l’approfondissement maintenant. 

Semaine 5 – la question du temps et des liens

Esprit du film es-tu là ?

Je suis là…

Ah oui, je te devine, mais tu manques d’une forme continue, liée et liante. Tu affleures et ne demande qu’à éclore. Qu’à prendre l’espace et entretenir des connexions sous jacentes récurrentes.

Je te travaille du temps qui passe, je te pense des liens entre tes séquences qui s’expriment parfois sous forme de rupture franche et décalée, à l’image de ce plan tranchant de Thomas qui sort son canif de l’espace (si, si, tellement heureuse de l’avoir trouvé celui-là, pour un peu j’ai l’impression qu’il m’appartient ce plan).

C’est l’heure où je rebalaie mes timeline de rushes et où m’apparaissent des PINI – des Plans Intéressants Non Identifiés.

Mais oui… c’est bien ça dont j’ai besoin. Mais oui… celui-là va assoir cette trame narrative.

Je repêche même une séquence qui n’a pu m’apparaitre que maintenant  : combinaison d’un plan nocturne assez cracra mais très émotionnel de nos cosmonautes dans la coupole, mis en rapport avec des vues de la terre… Ils nous observent…

Quand le film est né, il faut l’habiller, et l’habiller consiste à faire que chaque plan ait sa raison d’être, qu’il en appelle le suivant et que les choses s’enchainent – c’est à dire que leur juxtaposition narrative fasse sens, rupture, ou émotion.

Bienvenue dans mes images…

32997600783_5f34cfe0a2_z.jpg

Cyclone

33536458855_d698f8367b_z.jpg

Temps = émotions ?

Une question, l’émotion en montage nécessite-t-elle forcément « du temps » ?

Le temps du plan. Le temps du vide. Le temps de l’attente. Le temps de la contemplation.

Le temps de sentir, et donc de ressentir.

Peut-on monter « efficace » sans tuer tout l’espace qu’il faut pour regarder, imaginer, être en empathie avec le personnage ?

A l’inverse, comment éviter le piège de la petite longueur en trop qui fait tomber tout l’édifice ? Cet équilibre permanent entre surprendre, être au bon endroit, au bon moment, et quand même, laisser vivre !

C’est pareil au son. Laisser le temps, laisser le synchrone, laisser l’espace, ne pas le remplir avec de la musique ou du commentaire. Les faire venir au bon moment. Ecrire avec comme un feutre de couleur. Il trace quelque chose sans tout gribouiller.

Semaine 4 – ossature

Tous les modules sont prêts. Assemblage. Rouage. Mécanique.

J’assemble.

J’y passe concrètement deux journées. Je structure les différents éléments montés séparément ou pas encore montés. Puis je programme un visionnage avec le réalisateur et le producteur du film.

C’est le temps du premier visionnage de cette chose étrange : non pas un film, mais la promesse d’un film.

(Aïe, aïe, aïe, c’est parfois bien tiré par les cheveux mon grand collage).

Voilà…

On a tous regardé. On peut parler.

C’est l’heure d’affiner notre histoire. Notre héros. De tracer (le bon) le chemin.

Comme d’habitude je constate l’importance du dialogue entre le montage et l’écriture de l’histoire. Une histoire permet de démarrer un montage, puis le montage re-nourrit l’histoire, alors l’histoire reprend la parole, et le montage vient rattraper son retard, mais voilà qu’à nouveau il prend de l’avance, alors l’histoire trouve ça géniale, et creuse et s’affine, et les voilà liés : histoire et montage, paroles échangés et plans montés.

Nous sommes vendredi, je laisse sur ma table de montage des post-its déchirés dans tous les sens par mon réalisateur en pleine reconstruction du film. Espérons que le week-end n’efface pas tout !

IMG_1250.JPGIMG_1254.JPGIMG_1251.JPG