Le puzzle à 1000 pièces

« C’est ça la richesse du langage du cinéma, c’est comme dans la poésie où tu re-motives les mots. » me dit-elle.

Les bières d’après le travail… On analyse… On décompresse… On se rassure après s’être découragées… Parce que plus rien n’avait de sens.

Quand le puzzle à 1000 pièces est à nouveau en vrac sur le tapis, c’est un peu la panique. Alors je reprends la technique de mon papa : « tu commences par les coins et les bords ».

Tentative d’une structure, même approximative. Pour éprouver une trajectoire, et voir autre chose qu’une forme éclatée. Ça fonctionne. Nous voilà reparties. Dans une architecture qui cherche encore ses fondations : début – cœur de film – fin.

Magritte - Key To The Fields

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Va et vient

Aller et venir dans un film est nécessaire. Il faut savoir prendre les vagues, surfer, mais aussi attendre sur la plage. Son tour.

Un film que l’on monte n’est pas seulement un film dans lequel on s’implique. On le pense. On s’immerge. On baigne dedans. Il nous enveloppe.

Mais ce n’est pas complément notre objet non plus. Et parfois il faut accepter de ne plus rien décider. Ou de se mettre complètement de côté.

Il y a des moments dans le montage où les positions de chacun – réalisateur et monteur – bougent. Le danger serait de ne pas entendre ces moments où il faut – à nouveau – laisser la place. Beaucoup de place. Pour mieux revenir aussi. Et revenir dans la bonne direction. Celle de l’Auteur(e).

C’est le jeu de la bonne distance. Il faut tour à tour s’approcher très près, faire, défaire, parler, être très actif… Et parfois se taire, écouter, déplacer doucement, à la demande, de manière beaucoup plus passive et dans l’ouverture la plus grande à l’autre et à son désir. A ses doutes. Ses égarements. Son rythme.

Et ça peut venir à tout moment. Même quand on ne s’y attends pas. Même en milieu ou en fin de montage.

C’est comme si, à certains moment, on avait suffisamment nourrit le film de notre subjectivité pour qu’il s’échappe (enfin) et redevienne à l’autre. Entièrement à l’autre.

Alors on lâche, non sans émotion. Ouvert à l’inattendu et au deuil de nos projections désormais moins utiles. Pour y revenir. Dans cette permanence de l’échange.

Un va et vient complexe auquel on se doit d’être vigilant.

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