Montage pour les ados

Je lance un atelier de montage pour les ados à la rentrée. Un samedi par mois à paris.

Nouvelles envies de partage !

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La promesse du film

La promesse du film

C’est quoi un film qui tient sa promesse ?

Depuis quand le pitch est une promesse sacrée, qui fait office de dictât à toutes les étages ?

À quel moment a-t-on promis ? Et à quel moment, donc, a-t-on trahi ?

La promesse du film, j’en entend de plus en plus souvent parler.

C’est principalement une parole de diffuseur. Elle mesure l’écart entre le projet qui a été exposé à l’oral et celui que l’on retrouve dans la première version de montage.

« La promesse est là ». Sous entendu c’est bien, c’est conforme à la photo de contractuelle, merci.

VS

« La promesse du film n’est pas là ». Sous entendu, c’est pas ce qu’on attendait, va falloir recommencer et retravailler.

Pour moi la promesse c’est celle qu’on fait au film, au spectateur, à nous-même. Elle n’est pas forcément figée, cela peut vouloir dire : accompagner un mouvement. Trouver un chemin un peu différent. Réfléchir, inventer, se perdre un peu en route. Ou simplement ne pas y arriver faute de moyen.

En tout cas, si j’ai souvent rien promis, je sais que réussir à présenter une promesse réussie au diffuseur est de plus en plus un gage de paix et d’harmonie.

Comprends qui veut.

;)-

Lucky Luke

Éloge de l’assistant monteur

Préambule : je n’ai jamais été assistante et j’ai très longtemps travaillé sans assistant. J’ai donc navigué en eaux troubles assez longtemps, portant souvent la culpabilité d’avoir sauté une étape et / ou, de ne pas avoir eu les bons réflexes, de ne pas avoir fait les bonnes demandes auprès de productions pour travailler « accompagnée ».

Maintenant débarrassée de ma culpabilité, maintenant aussi que je me suis formée à toutes ces questions de méthodologie de travail au travers de mon engagement aux monteurs associés, enfin, maintenant que j’ai expérimenté et établi mon propre lien avec mon assistant monteur comme il me semble juste et justifié, j’ai envie d’ancrer ici mon éloge de l’assistant.

1- L’assistant monteur est en charge de toute la dimension technique du film, de sa préparation à sa sortie de la salle de montage, sous la supervision du monteur.

2- L’assistant monteur est un collaborateur de méthodologie (c’est avec lui que l’on met en place une méthodologie de travail efficace et pertinente, fonction du projet, et son diagnostique, tout comme les échanges que l’on a, sont un point d’ancrage et de fabrication d’un mode de travail à chaque fois renouvelée).

3- Tout le temps dont il dégage le monteur compte double : 1- le monteur gagne le temps qu’il lui aurait fallu pour effectuer la tâche. 2- le monteur gagne l’énergie qu’il n’a pas dépensé dans la tâche.

4- Il est également un facilitateur. Car il devance, il prépare, il est là avant même qu’on n’est eu à se soucier du soucis, il agit comme un double de nous même. Il est le lucky luke qui tire plus vite que l’ombre du monteur.

5- Sans assistant, le monteur devient en charge de ces opérations techniques qui prenne du temps et surtout un part assez importante de son cerveau. Et si ces opérations techniques peuvent en apparence le rapprocher de sa matière, elle l’éloigne de l’art du montage et de sa capacité à se poser en contre point du réalisateur et des images. Dans le pire des cas, elle le coupe purement et simplement du cœur de son métier : réfléchir, analyser, ressentir : monter.

6- enfin, et chose trop rare et si précieuse, l’assistant permet de former une équipe. Le monteur n’est plus seul. À deux c’est le début d’une équipe. La solidarité renforce, l’énergie se communique et se déploie, les échanges permettent l’élaboration.

7- Pour toutes ces raisons, à l’heure où tout est urgence et productivité même dans nos métiers, il est clair que le rôle de l’assistant monteur est une nécessité. Plus que jamais sur les films (documentaires ou fictions) qui nécessitent une grosse préparation, ou pire encore – comme je viens de l’expérimenter – sur les films (documentaires ou fictions) qui nécessitent des opérations d’import et d’export lourdes en cours de montage.

Enfin et surtout, travailler avec un assistant permet au monteur de rentrer dans un autre type de relation avec le réalisateur : il est ce qu’il doit être, non pas un responsable technique d’une bonne gestion de projet, mais un penseur, un frabriqueur, un opposant aussi parfois. Tout ce temps qui n’est plus dédié à la technique devient du temps dédié à la création : échange avec le compositeur, avec le monteur son, avec le documentaliste, avec le producteur.

Le sandwich au pain

On a failli s’étouffer avec notre sandwich au pain ! (©monréal)

Un bon gros sandwich de 52 minutes, bravo à ceux qui termineront sans indigestion ! (notre prod à rendu l’âme)

La peur du silence ?

L’ampleur historique et artistique du sujet ?

L’envie de tout dire ?

La qualité littéraire d’une voix off à « canaliser » ?

La dimension (prouesse) « technique » chronophage et trop astreignante ?

Les nombreuses contraintes que nous imposent les archives ?

La trop grande rigidité de notre outil de travail ? (rendez-moi mon FCPX svpppppppppp !)

Certainement un peu tout cela.

Mais heureusement après l’étouffement, trois toussotages et un bon café, on a retrouvé notre énergie et notre tandem.

1- se concentrer sur le montage (le travail sans assistant ça se paye aussi, parce qu’un monteur et un réalisateur qui font tout biinnnnn ils ne montent pas vraiment, ils gèrent…).

2- enlever. alleger. désépaissir. Le grand avantage d’avoir une plume et des ambitions éditoriales : c’est l’élégance et la qualité, le petit défaut qui va avec c’est de les canaliser : on ne parle pas comme on lit.

3- rire. s’amuser. rebondir. créer. faire baisser le niveau de pression permanente, le pire ennemi de la créativité. faire équipe. être solidaire. dialoguer et avancer ensemble.

La pression d’un visionnage anticipé nous a fait perdre tout ce qui fait un film : penser que la technique est primordiale sur les enjeux narratifs et émotionnels.

Je ne le dirai jamais assez, et l’époque n’est malheureusement pas très propice à cela : respirons ! faisons respirer ! le film est comme une communion entre ce qu’il donne et ce qu’il nous laisser trouver.

Ce soir, à 5,5 semaines de montage, je le dis enfin : le film est là. Il est né ce matin (dans la douleur, voir l’angoisse). mais tout va mieux, on accouche.

 

Code couleur

Au début c’était tout gris.

Puis c’est devenu :

En jaune les archives filmées.

En bleu les documents et les photos.

En vert les œuvres.

Chacun sur sa piste de danse.

Et puis… l’ouvrage s’affinant + une discussion avec mon maître yod’AVID qui me fit découvrir toute la palette de pigments virtuels utilisables nous avons décliné :

En jaune les archives films (on s’y est habitué).

Pour les photos : en bleu roi Picasso. En rouge brique, Braque. En rouge feu, Kahnweiller, en rose Apollinaire et en bleu turquoise tous les autres personnages. En blanc les photos générales. En mauve les documents.

Enfin, les œuvres (tableaux que l’on voit dans le film) se sont également déclinées : vert, orange et bleu foncé.

Ça crépite !

Ce n’est pas juste pour faire joli. Cela m’est très utile pour analyser la composition et la structure du récit et également pour classer mes sources dans mon bin et pouvoir sortir des listes très rapidement.

Mais bon, comme c’était joli quand même, j’ai aussi ajouté une couleur à ma piste son.

Je monte des livres

Voilà deux ans (seulement !) que je m’intéresse à l’édition et que je « monte » des livres.

Je me suis formée, j’ai monté une petite maison d’édition et j’ai co-édité (nous sommes deux) quatre livres.

Je trouve cela étonnant, mais je ne cesse de faire des parallèles entre mon activité d’éditrice et de monteuse. Alors j’ai trouvé cette formule et souvent je dis : « je monte des livres ».

Est-ce que dans le deux cas je n’accompagne pas un auteur ? Est-ce que dans les deux cas je ne m’intéresse pas à la cohérence globale d’une œuvre ? Est-ce que dans le deux cas je ne pars d’une matière encore éclatée qui ne demande qu’à trouver sa forme – celle d’un film / celle d’un livre ? Et est-ce que, cerise sur le gâteau pour ma part, dans les deux cas, je ne questionne pas le rythme (de lecture, du film) et le rapport textes / images / mise en forme au service du sens ?

Alors je monte… aussi des livres. Et cet espace de co-création (auteur-éditeur) me remplie de joie et me donne le sentiment d’une grande liberté (formelle et éditoriale) qui de plus en plus, je le confesse, me manque dans les films que je rencontre professionnellement. Peut être parce que le livre ne souffre pas (encore) des diktas commerciaux de la diffusion ? bien qu’il souffre par ailleurs d’une offre sur-abondante et d’un système économique quasi intenable. Un autre sujet.

Alors voilà que ce matin je tombe sur cette citation de Franco Maria Ricci, éditeur qui dit : « Tout partait d’une surprise, d’un ravissement : la rencontre avec un corpus d’images – une iconographie peu connue, suffisamment abondante pour occuper l’espace d’un livre et assez homogène pour en assurer la cohérence. »

Non sans rappeler le montage.

Et un peu plus loin : « il existait la tradition des livres illustrés et celle des livres d’art, enrichis d’un ou plusieurs textes à caractères historique ou critique ; dans les premiers l’image étant assujettie au texte, dans les seconds le texte l’était à l’image. Je ne voulais faire ni l’un ni l’autre, mais créer des lieux (disons des eco-systemes) où deux catégories littéraires – les images et le texte littéraire – se sentiraient à leur aise, respireraient, essaieraient en quelque sorte de se séduire à tour de rôle. Et cette séduction réciproque devait avoir comme complices les ors et les soies des reliures, le beau papier, la typographie élégante, les textes avec lesquelles je présentais le nouvel ouvrage au lecteur, les coquetteries du colophon… »

Citation qui confirme en tout point mon desir et ma ligne éditoriale.

Pour les curieux : http://www.adespote.com

Ci après : montage au sol du livre l’or de la fougue de Pierre di Sciullo. Assemblage, rythme, raccords, liens, échos, narration…

Archives

C’est parti pour 7 semaines de montage sur un film « d’archives ».

Un film d’archive, c’est un film dont les rushes sont intégralement constituées d’archives – c’est à dire de documents photographiques, cinématographiques, audiovisuels, sonores, iconographiques pré-existants donnant à percevoir de par leur nature « datés » un champ historique auquel on s’intéresse bien sûr.

Ces documents nous permettent donc d’illustrer un propos historique, de rendre compte (mais de manière finalement très partielle) d’une époque, d’un événement, d’une information telle qu’elle fut traitée sur le moment.

L’utilisation d’archives pose de nombreuses questions à la fois éthiques et esthétiques. Et comme toujours, les questions, je les prends très au sérieux ! Ce sont d’ailleurs plus souvent les questions qui m’intéressent que leurs réponses bien qu’il en faille… des réponses !

Je pense donc profiter de ce montage pour écrire – à ma manière comme toujours 😉 c’est à dire du point de vue de ma seule et unique expérience – du montage des archives.

Il sera donc question dans les billets à venir :

– Du démarrage sur un corpus incomplet et très fragmenté.

– Du montage des photographies : quand le monteur cadre et recadre.

– Des articulations textes – images.

– De la vérité historique.

– De l’argent (entendre du budget) comme élément cadrant.

À suivre…

Projection du court-métrage Travelers

Bonjour,

Je suis ravie de vous inviter à la projection du court-métrage « Travelers » de Gabrielle Culand produit par Norte pour Arte que j’ai monté en novembre.

Le film sera projeté le samedi 14 avril à Paris et sera suivi d’une grosse fête !

Pour ceux qui aimerait venir, faites moi signe ! Une occasion de se rencontrer ou de se retrouver.

Emmanuelle.

Tristesse

Ma chère, très chère, salle de montage…

Combien il m’est douloureux de te voir perdre toutes tes couleurs, toute ton ardeur, et une certaine part de ta magie. Ton antre autrefois si propice à l’élaboration, aux discussions, à la passion, s’amenuise de jour en jour. Je ne perçois quasiment plus ton souffle.

Comme il me fait chagrin de voir tes murs s’obscurcir, se salir, et réduire l’espace de réflexion à peau de chagrin.

Je n’ai que trop assisté à des visionnages ubuesques ce derniers temps.

Que fait-on en ton sein ? Peut on encore dire que l’on fait un film ? Je crains qu’on ne se trouve rassemblés là – sommes nous encore « ensemble » ?- à traiter le fruit de notre travail à tous comme un vulgaire produit.

Voilà. Un produit sur lequel chacun à son mot à dire (et à toute légitimité à le dire, à l’imposer même !), tout le monde ? Oui a peu près, mais quand même, l’auteur lui il vaut mieux qu’il « écoute ». Qu’il prenne note. Et qu’il refasse. Soumets-toi !

Mon cher réalisateur, on ne te regarde même plus pour faire « les retours » sur ton travail. Inutile tu es juste là pour écouter. Alors on parle de ton produit devant toi comme si tu n’étais pas dans la pièce, et t’ordonne « gentiment » bien sûr de respecter les consignes.

Ma chère très chère salle, tu n’es même plus le lieu de la foire d’empoigne, mais juste le lieu des résignations.

Tout le monde baisse la tête, la loi du marché, tout le monde respecte la hiérarchie dont toi mon cher auteur tu te retrouves tout en bas.

Parle-t-on encore du spectateur ? Même plus. Nous faisons tous le film pour le diffuseur, grand maître et grand manitou. Dont on agite le drapeau comme si nous étions des enfants vivant dans la peur du père fouettard.

Voilà, c’est très triste.

Et moi, je cherche encore : la résistance ? Le détachement ? L’espérance ? Le renoncement ?

Les niches et l’espace de création devient encore plus rare. Dois je encore espérer y avoir le plus possible accès ? Ou dois je constater avec effroi que le cancer artistique grandit ?