Ciné fourchette !

Avis à tous.tes les gourmands.des !

Montez… des blancs en neige,
Aiguisez… vos raccords !
Assaisonnez… vos histoires !
Bardez… vos séquences !
Chemisez, compotez, déglacez, nappez, et surtout dégustez !

La Grande Bouffe, Pulp Fiction, La Soupe aux choux, le Festin de Babette, Ratatouille, Peau d’âne… Voici réunis une vingtaine de films, classiques, populaires ou plus pointus, dans lesquels la nourriture joue un rôle mythique ou anecdotique ; autant de plats vus au cinéma qui, grâce au talent et à l’imagination des chef-fe-s, sautent de la toile à l’assiette : c’est Cheforama !

Cheforama-couverture-1024x791
Couverture de « Cheforama » (crédits : Marina Cremonini/Nouriturfu)

Mon coup de coeur au salon du livre de Paris et une très belle rencontre avec son éditrice Anne des Éditions Nouriturfu.

Studieusement décortiquées ou complètement réinventées, les recettes inédites que nous offrent les dix-neuf chef-fe-s invité-e-s par Ava Cahen, fine critique ciné et fourchette tout aussi acérée, font sérieusement saliver…

Le pain énergiquement pétri dans le célèbre film de Pagnol, La Femme du boulanger ; les nouilles réconfortantes (avec leur ingrédient secret) de Kung-Fu Panda ; le couscous orgiaque de La Graine et le Mulet

Je vous laisse deviner les autres… Régalez-vous et bravo Ava Cahen.

 

Publicités

Le livre blanc de la post-production

Le très beau et très utile travail des associations professionnelles de la post-production (dont LMA) est disponible ici sous la forme d’un livre blanc à lire et diffuser d’urgence.

https://monteursassocies.com/content/2-actualites/167-parution-et-signature-du-livre-blanc-de-la-post-production-cinema/livre-blanc-de-la-post-production-cinema.pdf

Solfège cinématographique

Un ami monteur m’enseigne l’art de la comédie : « tu vois, ta séquence il faut qu’elle swing, la comédie c’est comme du Jazz ».

J’adore apprendre, et des comédies je n’en ai pas beaucoup montées. C’est belle et bien ma première à vrai dire. Alors ni une ni deux, je fais des recherches sur la rythmique et en effet, cela pourrait bien m’aider.

Ai-je suffisamment le sens du rythme ? Pour le cinéma naturaliste, les temps doux, la tension, les sentiments, le mélo… oui. Je respire avec mes rushes de manière très naturelle. Mais pour la comédie, plus « jazzy » donc, et en rapport étroit avec le texte, la diction, le placement des regards et des gestuelles, c’est moins évident. Je dois y travailler pour m’habituer, pour comprendre et pour acquérir cette nouvelle écriture. Il faut que ce rythme ne soit plus extérieur à moi mais en moi.

Je lis : « un rythme acquis est un rythme qui se vit sans contrainte ». Pour sûre, à la cinq ou sixième séquences je devrais l’avoir un peu mieux acquis.

Un rythme est vivant donc, et même si on montait en parallèle (je veux dire si plusieurs monteurs montaient) un découpage strictement identique certainement le rythme serait à chaque fois un peu différent. Aucun monteur ne peut placer ses raccords parfaitement aux mêmes endroits. Donc tel des musiciens, les monteurs colorent le rythme intra-sec des sequences et donc des films. J’adore.

🧐 J’explore les rythmes du Jazz pour m’inspirer :

  • La syncope : un son sur un temps faible suivi d’une prolongation sur un temps fort. 👍
  • Le contretemps : on brise le rythme de façon accidentelle. L’accent sur une note choisie amplifie la sensation. En général on appui un temps faible comme dans la syncope mais sans prolongation sur le temps fort. 🤔
  • L’accentuation : naturelle (sur les temps forts), provoquée (sur les notes les plus élevées – en comédie sur les meilleurs répliques ?), appuyée (sur ce qu’on veut en fait c’est là qu’on met sa patte). 🐾

Et puis le swing : on accélère les moments déjà les plus courts. 🎶

Pas mal de pistes donc pour éviter le rythme ronronnant ou trop classique. Surprendre, saisir, dégringoler, étirer, faire exploser… comme en cuisine tout est affaire de précision dans les raccords pour que la sauce prenne ou la mayonnaise monte.

Allez, s’amuser quand même pour surtout « faire rire ».

Des images en liberté !

Bernard Sasia et Clémentine Yelnik récidivent ! Après le délicieux Robert sans Robert, ils nous plongent dans l’oeuvre de Mocky. Un film libre et vivant, un film de monteur et de montage, à découvrir sur ciné + à partir du 10 novembre.

Résumé : De démontage en remontage du cinéma de Mocky, le monteur réécrit sa propre histoire dans la société française de 1959 à nos jours.  Il imagine en Mocky un oncle idéal, se projette dans ses personnages et, ivre de sa liberté de créer dans l’ombre, réussit à déjouer un complot ourdi par L’Araignée qui tisse sa toile destructrice contre la mémoire vive du monde. Héros victorieux de son combat contre le formatage, il s’en va détourner d’autres planètes cinématographiques.

Rencontre avec Bernard Sasia et Clémentine Yelnik, réalisateurs

Bernard S.

J’ai rencontré Mocky dans un festival. Je ne connaissais pas bien les films de Mocky mais comme Robert Guédiguian, Mocky est un cinéaste indépendant qui a réalisé des films en dehors du système classique de production. Il a fait des films sans trop de contraintes et je trouvais ça attirant. Il a aussi une filmographie importante, plus de 60 films, et en tant que « re-monteur potentiel » de son œuvre, ça attisait ma curiosité.

Je me suis mis à regarder deux films par jour. Dans chaque film je découvrais qu’il y avait des perles et que l’ensemble racontait toute une époque.

Nous avons décidé avec Clémentine de poursuivre le principe de Robert sans robert, même si je n’ai aucune intimité avec Mocky. Je sentais qu’il avait quelque chose à faire pour parler d’un cinéaste en le démontant et le remontant. Je suis persuadé qu’on peut parler d’un cinéaste autrement que par une interview.

Dans Mocky sans Mocky, nous nous efforçons de faire parler l’œuvre. Et « l’œuvre » dans notre travail est une matière vivante.

Il s’agit bien d’un film de détournement. Avec Robert sans Robert je voulais parler du métier du monteur, là avec Mocky je voulais parler de la liberté. Actuellement on perd quelque chose dans le cinéma, il y a un formatage qui s’impose de plus en plus. Le cinéma de Mocky c’est un cinéma qui a une odeur, qui a du charme.

Clémentine Y.

Je pense que la voix de Bernard est essentielle dans le film. Il était hors de question de faire appel à un comédien. Il fallait comme dans Robert sans Robertque ce soit lui qui parle. La fantaisie de Bernard nous a amené l’idée de l’oncle (Mocky est l’oncle du narrateur dans le film) et c’est devenu un tremplin pour l’écriture. Cela a permis une intimité fictionnelle.

Bernard S.

Ce qui est incroyable c’est que les premiers spectateurs ont vraiment cru que c’était mon oncle ! Même des gens que je connaissais. On a du expliciter ce lien familial fictionnel.

Clémentine Y.

Si il y a voix off, le texte doit naître des images. Il faut laisser les images en liberté.

On ne voulait pas être pontifiant, c’est comme au théâtre moi ça me réjouis quand le spectateur est un peu frustré. Je préfère ça au fait qu’il soit repu. Il faut lui laisser la place de rêver. Le film va contre ce trop pleins. J’avais envie de travailler ces espaces où notre narrateur se tait.

Il y a un peu plus d’impertinence dansMocky sans Mocky. Bernard a décidé qu’il devenait quand il voulait un personnage du film. Quand il devient Aznavour ou une femme nue ou un autre, et c’est tout à fait possible. Alors que Mocky m’apparaissait comme un être un peu macho avant que je ne découvre ses films, j’ai eu beaucoup de plaisir à me rendre compte qu’il ouvrait des fenêtres sur le désir des femmes comme peu de cinéastes masculins l’ont fait. Une vraie surprise.

Bernard S.

Mocky s’est montré enthousiasme à l’idée et quand il a découvert le film pour la première fois il était très joyeux. Il a retrouvé son œuvre mais d’une manière différente et je crois que ça l’a beaucoup amusé.

 

Mocky sans Mocky à partir du 10 novembre sur ciné + classique.

Montage pour les ados

Il n’y a pas d’âge pour être passionné. Et il n’y a pas d’âge pour être passionné par le montage.

Elles et ils ont entre 12 ans et 17 ans et c’est très émouvant pour moi de les voir s’approprier « nos » outils, échanger entre eux sur leur montage, faire des propositions d’écriture et les défendre.

Mais ce qui me touche le plus c’est quand je vois le sérieux qu’ils y mettent, « le cœur à l’ouvrage » comme on dit.

Comme tout processus créatif le montage permet d’expérimenter sa sensibilité, sa capacité à choisir des options, à prendre une route plutôt qu’une autre, à tester, à prendre confiance et à se confronter aux regards des autres autant qu’à exprimer son propre point de vue.

C’est finalement toujours une petite mise à nue de livrer son montage, un grand partage : je te donne à voir ce que m’ont inspiré tes images, ta mise en scène, tes propres choix. Je m’investis dans ma proposition. Je regarde – avec toi et donc je regarde autrement.

Je me sens honorée de pouvoir travailler avec ces tout jeunes monteurs « en herbes » et que je vois « fleurir » et que je sens « frémir ».

Petite bibliographie qui me plait !

Les monteurs prennent la parole :

Conversations avec Walter Murch, Michael Ondaatje, 2009, Ramsay
En un clin d’œil, Walter Murch, 2011, Capricci
La Sagesse de la Monteuse de film, Noëlle Boisson, 2006, Editions Jean-Claude Béhar
Lettres à un jeune monteur, Henri Colpi et Nathalie Bureau, Seguier, 2014
Plus long le chat dans la brume, journal d’une monteuse, Emmanuelle Jay, 2016, Adespote
Pratique du montage, Albert Jurgenson et Sophie Brunet, 2014, Le bord de l’eau

Sur le montage :

Esthétique du montage, de Vincent Amiel, 2005, Armand Collin
Le montage. « La seule invention du cinéma », Jacques Aumont, 2015, Vrin

Livres qui comportent des entretiens avec des monteurs :

Faire des films, collectif sous la direction de Dominique Villain, 2016, PUV
L’art du montage, Frédéric Sojcher et N.T. Binh, 2017, Caméras subjectives
Le style dans le cinéma documentaire, ADDOC, 2017, L’harmattan

Sur le son :

Entendre le cinéma, Daniel Deshays, 2010, Klincksieck
Pour une écriture du son, Daniel Deshays, 2006, Klincksieck
Sous l’avidité de mon oreille : Le paradigme du sonore, Daniel Deshays, 2018, Klincksieck

Sur la musique :

Musiques de film : nouveaux enjeux, José Moure, N. T. Binh, Caméras subjectives
Cinéma et musique : accords parfaits – Dialogues avec des compositeurs et des cinéastes, Frédéric Sojcher et N.T. Binh, 2014, Caméras subjectives

Paroles de réalisateurs – chapitre sur le montage

Faire un film, Sidney Lumet, 2016, Cappricci
Notes sur le cinématographe, Robert Bresson, 1975, Folio

Sur le documentaire :

Le temps dans le cinéma documentaire : La part du temps ; Le temps au travail, Addoc, 2012, L’harmattan
Documentaire et fiction, allers-retours, José Moure et N. T. Binh, 2015, Caméras subjectives

D’autres questions que l’on se pose au montage :

La direction de spectateurs, Dominique Chateau et Collectif, 2015, Caméras subjectives
Origines et prémices du personnage documentaire : La liminalité du personnages documentaire I, Choi, Hyun Jung, Champs visuels

L’atelier de montage

Voici  l’appel à candidatures pour le second atelier de montage 2018 qui se déroulera du 12 novembre au 15 décembre toujours dans le cadre agréable d’Avidia.
Cette formation s’adresse aux assistants monteurs et aux jeunes monteurs désirant mettre en oeuvre et interroger leur pratique du montage. Elle s’ adresse également à des réalisateurs, auteurs, plasticiens qui ont déjà fait du montage mais veulent se confronter à d’autres écritures.
L‘enjeu de cette formation est de doter les stagiaires d’outils de pensée et de réflexion qui va les conforter afin de prendre pleinement leur place dans le secteur d’emploi du cinéma et de l’audiovisuel.
Laisser vous tenter !
Le délai de dépôt des candidatures est fixé au 20 septembre prochain !
atelier-de-montage-nov-dec-2018

La promesse du film

La promesse du film

C’est quoi un film qui tient sa promesse ?

Depuis quand le pitch est une promesse sacrée, qui fait office de dictât à toutes les étages ?

À quel moment a-t-on promis ? Et à quel moment, donc, a-t-on trahi ?

La promesse du film, j’en entend de plus en plus souvent parler.

C’est principalement une parole de diffuseur. Elle mesure l’écart entre le projet qui a été exposé à l’oral et celui que l’on retrouve dans la première version de montage.

« La promesse est là ». Sous entendu c’est bien, c’est conforme à la photo de contractuelle, merci.

VS

« La promesse du film n’est pas là ». Sous entendu, c’est pas ce qu’on attendait, va falloir recommencer et retravailler.

Pour moi la promesse c’est celle qu’on fait au film, au spectateur, à nous-même. Elle n’est pas forcément figée, cela peut vouloir dire : accompagner un mouvement. Trouver un chemin un peu différent. Réfléchir, inventer, se perdre un peu en route. Ou simplement ne pas y arriver faute de moyen.

En tout cas, si j’ai souvent rien promis, je sais que réussir à présenter une promesse réussie au diffuseur est de plus en plus un gage de paix et d’harmonie.

Comprends qui veut.

;)-