Code couleur

Au début c’était tout gris.

Puis c’est devenu :

En jaune les archives filmées.

En bleu les documents et les photos.

En vert les œuvres.

Chacun sur sa piste de danse.

Et puis… l’ouvrage s’affinant + une discussion avec mon maître yod’AVID qui me fit découvrir toute la palette de pigments virtuels utilisables nous avons décliné :

En jaune les archives films (on s’y est habitué).

Pour les photos : en bleu roi Picasso. En rouge brique, Braque. En rouge feu, Kahnweiller, en rose Apollinaire et en bleu turquoise tous les autres personnages. En blanc les photos générales. En mauve les documents.

Enfin, les œuvres (tableaux que l’on voit dans le film) se sont également déclinées : vert, orange et bleu foncé.

Ça crépite !

Ce n’est pas juste pour faire joli. Cela m’est très utile pour analyser la composition et la structure du récit et également pour classer mes sources dans mon bin et pouvoir sortir des listes très rapidement.

Mais bon, comme c’était joli quand même, j’ai aussi ajouté une couleur à ma piste son.

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Je monte des livres

Voilà deux ans (seulement !) que je m’intéresse à l’édition et que je « monte » des livres.

Je me suis formée, j’ai monté une petite maison d’édition et j’ai co-édité (nous sommes deux) quatre livres.

Je trouve cela étonnant, mais je ne cesse de faire des parallèles entre mon activité d’éditrice et de monteuse. Alors j’ai trouvé cette formule et souvent je dis : « je monte des livres ».

Est-ce que dans le deux cas je n’accompagne pas un auteur ? Est-ce que dans les deux cas je ne m’intéresse pas à la cohérence globale d’une œuvre ? Est-ce que dans le deux cas je ne pars d’une matière encore éclatée qui ne demande qu’à trouver sa forme – celle d’un film / celle d’un livre ? Et est-ce que, cerise sur le gâteau pour ma part, dans les deux cas, je ne questionne pas le rythme (de lecture, du film) et le rapport textes / images / mise en forme au service du sens ?

Alors je monte… aussi des livres. Et cet espace de co-création (auteur-éditeur) me remplie de joie et me donne le sentiment d’une grande liberté (formelle et éditoriale) qui de plus en plus, je le confesse, me manque dans les films que je rencontre professionnellement. Peut être parce que le livre ne souffre pas (encore) des diktas commerciaux de la diffusion ? bien qu’il souffre par ailleurs d’une offre sur-abondante et d’un système économique quasi intenable. Un autre sujet.

Alors voilà que ce matin je tombe sur cette citation de Franco Maria Ricci, éditeur qui dit : « Tout partait d’une surprise, d’un ravissement : la rencontre avec un corpus d’images – une iconographie peu connue, suffisamment abondante pour occuper l’espace d’un livre et assez homogène pour en assurer la cohérence. »

Non sans rappeler le montage.

Et un peu plus loin : « il existait la tradition des livres illustrés et celle des livres d’art, enrichis d’un ou plusieurs textes à caractères historique ou critique ; dans les premiers l’image étant assujettie au texte, dans les seconds le texte l’était à l’image. Je ne voulais faire ni l’un ni l’autre, mais créer des lieux (disons des eco-systemes) où deux catégories littéraires – les images et le texte littéraire – se sentiraient à leur aise, respireraient, essaieraient en quelque sorte de se séduire à tour de rôle. Et cette séduction réciproque devait avoir comme complices les ors et les soies des reliures, le beau papier, la typographie élégante, les textes avec lesquelles je présentais le nouvel ouvrage au lecteur, les coquetteries du colophon… »

Citation qui confirme en tout point mon desir et ma ligne éditoriale.

Pour les curieux : http://www.adespote.com

Ci après : montage au sol du livre l’or de la fougue de Pierre di Sciullo. Assemblage, rythme, raccords, liens, échos, narration…

Archives

C’est parti pour 7 semaines de montage sur un film « d’archives ».

Un film d’archive, c’est un film dont les rushes sont intégralement constituées d’archives – c’est à dire de documents photographiques, cinématographiques, audiovisuels, sonores, iconographiques pré-existants donnant à percevoir de par leur nature « datés » un champ historique auquel on s’intéresse bien sûr.

Ces documents nous permettent donc d’illustrer un propos historique, de rendre compte (mais de manière finalement très partielle) d’une époque, d’un événement, d’une information telle qu’elle fut traitée sur le moment.

L’utilisation d’archives pose de nombreuses questions à la fois éthiques et esthétiques. Et comme toujours, les questions, je les prends très au sérieux ! Ce sont d’ailleurs plus souvent les questions qui m’intéressent que leurs réponses bien qu’il en faille… des réponses !

Je pense donc profiter de ce montage pour écrire – à ma manière comme toujours 😉 c’est à dire du point de vue de ma seule et unique expérience – du montage des archives.

Il sera donc question dans les billets à venir :

– Du démarrage sur un corpus incomplet et très fragmenté.

– Du montage des photographies : quand le monteur cadre et recadre.

– Des articulations textes – images.

– De la vérité historique.

– De l’argent (entendre du budget) comme élément cadrant.

À suivre…

Projection du court-métrage Travelers

Bonjour,

Je suis ravie de vous inviter à la projection du court-métrage « Travelers » de Gabrielle Culand produit par Norte pour Arte que j’ai monté en novembre.

Le film sera projeté le samedi 14 avril à Paris et sera suivi d’une grosse fête !

Pour ceux qui aimerait venir, faites moi signe ! Une occasion de se rencontrer ou de se retrouver.

Emmanuelle.

Tristesse

Ma chère, très chère, salle de montage…

Combien il m’est douloureux de te voir perdre toutes tes couleurs, toute ton ardeur, et une certaine part de ta magie. Ton antre autrefois si propice à l’élaboration, aux discussions, à la passion, s’amenuise de jour en jour. Je ne perçois quasiment plus ton souffle.

Comme il me fait chagrin de voir tes murs s’obscurcir, se salir, et réduire l’espace de réflexion à peau de chagrin.

Je n’ai que trop assisté à des visionnages ubuesques ce derniers temps.

Que fait-on en ton sein ? Peut on encore dire que l’on fait un film ? Je crains qu’on ne se trouve rassemblés là – sommes nous encore « ensemble » ?- à traiter le fruit de notre travail à tous comme un vulgaire produit.

Voilà. Un produit sur lequel chacun à son mot à dire (et à toute légitimité à le dire, à l’imposer même !), tout le monde ? Oui a peu près, mais quand même, l’auteur lui il vaut mieux qu’il « écoute ». Qu’il prenne note. Et qu’il refasse. Soumets-toi !

Mon cher réalisateur, on ne te regarde même plus pour faire « les retours » sur ton travail. Inutile tu es juste là pour écouter. Alors on parle de ton produit devant toi comme si tu n’étais pas dans la pièce, et t’ordonne « gentiment » bien sûr de respecter les consignes.

Ma chère très chère salle, tu n’es même plus le lieu de la foire d’empoigne, mais juste le lieu des résignations.

Tout le monde baisse la tête, la loi du marché, tout le monde respecte la hiérarchie dont toi mon cher auteur tu te retrouves tout en bas.

Parle-t-on encore du spectateur ? Même plus. Nous faisons tous le film pour le diffuseur, grand maître et grand manitou. Dont on agite le drapeau comme si nous étions des enfants vivant dans la peur du père fouettard.

Voilà, c’est très triste.

Et moi, je cherche encore : la résistance ? Le détachement ? L’espérance ? Le renoncement ?

Les niches et l’espace de création devient encore plus rare. Dois je encore espérer y avoir le plus possible accès ? Ou dois je constater avec effroi que le cancer artistique grandit ?

Monter avec son intuition

En décembre 2016, Les Monteurs associés recevait Nora Meziani (doctorante et spécialiste de l’intuition) et Dominique Villain (monteuse et auteure de plusieurs livres sur le montage et sur le processus de travail dans la création cinématographique) pour une soirée intitulée « Monter avec son intuition ? ». Les échanges de cette soirée ont été retranscrits et sont maintenant publiés sous forme de PDF et accompagnés d’une vidéo.

C’est par ici => http://www.monteursassocies.com/2018/01/24/monter-avec-son-intuition-publication-electronique-video/

Ligne de vie

J’adore les documents de travail… Celui-ci est particulièrement « génial ».

G. la réalisatrice du court-métrage de fiction pour ARTE m’explique, preuve à l’appui, les deux rythmiques possibles du film. Elle trace le chemin des émotions dans le film séquence par séquence. Soit on démarre aussi fort qu’on termine (SCHEMA 1), soit on démarre moins fort pour terminer plus fort (SCHEMA 2).

Les deux versions fonctionnent bien. Ce fût un long cheminement, comme d’habitude, de trouver l’harmonie et la justesse… et, après nous être un poil opposées, nous optons à l’unissons pour le sublime SCHEMA 2 !

Fin du montage.

courbeTravelers

Les fagots

Le fameux petit plan, la petite séquence, le petit morceau son, qu’on trouve sous les fagots en fin de montage… oui celui-là…

Ou encore celui auquel on rêve et qui ne vient jamais… sous les fagots, c’est vide, on y est déjà passé ! Alors, il faut alors se creuser les méninges…

Les fagots, les fagots… mais d’où ça vient :

« À l’origine, au XVIIIe siècle, cette expression s’appliquait au vin, celui qu’on remontait de la cave où il avait été soigneusement conservé, caché derrière les fagots de bois stockés pour l’hiver, ces minces branchages qui servaient à faire démarrer le feu dans la cheminée avant d’y mettre de véritables bûches.

Ce vin de qualité étant gardé pour les grandes occasions, la locution a fini par se généraliser, dans un sens figuré, à tout ce qui est d’une très grande qualité, ce qui est excellent, rare ou même surprenant. »

Devrais-je planquer quelques « cartouches » sous mes fagots en début de montage pour leur laisser prendre un peu d’âge et de saveur ? En fin de compte, ça se planque tout seul, et quand c’est le bon moment, j’aime bien soulever les fagots et TaDAMMM !

Bon… ça ne marche qu’une fois !