Un vent de liberté !

On m’a récemment demandé mes sources d’inspirations cinématographiques et parmi les trois séquences que j’ai choisi il y avait celle-ci :

Une femme est une femme – GODARD – EXTRAIT

Quel vent de liberté ! La première fois où j’ai vu ce film, je me suis dit mais oui ! Il faut tout se permettre ! Le montage c’est le jeu ! Il faut jouer, et plus on joue, plus on jouit.

Une Femme est une femme bondit, sautille et rebondit d’une scène à l’autre.

La musique se glisse dans le récit et guide faits et gestes des comédiens. L’énergie, le rythme, la vie sont partout. On s’affranchit des décors, des costumes, de la synchronicité du son, on fait ce qu’on veut et pourtant c’est loin d’être n’importe quoi.

« Pour faire du cinéma, il s’agit de filmer des gens libres », mais il s’agit aussi de trouver une liberté du montage et de la mise en scène, d’être fidèle à ce qu’on est (en tant que réalisateur) et à son sujet (savoir écouter son film et le laisser parler), cet esprit LIBRE et joueur m’inspire !

Publicités

« Tout à coup, quelque chose se débloque, s’éclaire, s’ouvre… »

Monter avec son intuition ?

En novembre 2016, Nora Meziani et moi-même avons fait circuler un questionnaire à des monteuses et monteurs de LMA – Les Monteurs Associés (et à des fidèles lectrices-lecteurs du blog), au sujet de l’intuition dans le processus de montage en vue de la soirée mensuelle organisée par LMA.

Voici une sélection piochée parmi les 46 réponses à ce questionnaire.

Lien PDF :

selection-questionnaire-intuition

Monter avec son intuition ? Résumé

Monter avec son intuition ?
Le 8 décembre 2016 à la Fémis avec Les Monteurs Associés.

Une soirée pour partager et découvrir nos expériences intuitives.

Avec Nora Meziani (doctorante et spécialiste de l’intuition)Dominique Villain (monteuse et auteure de plusieurs livres sur le montage et sur le processus de travail dans la création cinématographique) et une sélection des 46 réponses au questionnaire adressé aux adhérents : paroles de monteurs et monteuses sur le sujet.

En attendant la transcription de la soirée, voici un bref compte-rendu (très subjectif !). Plus tard dans la semaine, je mettrai en ligne la sélection des réponses au questionnaire que nous avions fait circuler.

Résumé de la soirée :

« Nous avons essayé de donner une définition de l’intuition, qui d’après les questionnaires semble être « comme un fulgurance, une vision… ». Nous sommes remontés à l’origine du mot – très en lien avec la vue, et Nora Meziani nous a expliqué qu’une intuition pouvait établir des millions de connexions en quelques secondes alors que l’esprit rationnel mettrait pour sa part plusieurs heures.

Nous avons distingué l’intuition de plusieurs autres choses : le positivisme, l’instinct, le fait de deviner…

Certains monteurs ont soulevé des questions : comment fait-on quand on est « contre » l’intuition d’un autre ? Un réalisateur a une idée, une intuition et on n’y croit pas ? L’intuition est autant : « je le sens » que « je ne le sens pas ».

Nora Meziani nous a fait part de ses entretiens avec des monteurs. Elle a entendu à plusieurs reprises : « c’est le film qui le veut », « le film le rejette », « c’est le film qui décide » et elle disait que c’était comme une phrase magique qui mettait tout le monde d’accord !

Ensuite nous avons établi clairement un lien très fort entre l’expérience et l’intuition. L’intuition agit par concordance, rapprochement, connexion et donc l’expérience et l’expertise que l’on a dans un domaine favorise nos intuitions. C’est revenu de nombreuses fois dans les questionnaires d’ailleurs.

Nous avons parlé des signes corporels en lien avec l’intuition. Nora nous racontait avoir vu des monteurs accrochés à leur machine et quand l’intuition apparaissait… ils poussaient la chaise d’un coup pour se décoller du bureau ! « Ça y est – disait-elle en imitant le monteur – je peux enfin me détacher (de l’outil) parce que j’ai trouvé ».

Un monteur nous a dit : « Mais ?! je ne comprends pas très bien… peut-on monter sans intuition ? » C’était drôle d’imaginer un monteur sans intuition.

Les réponses aux questionnaires ont clairement fait apparaître que les monteurs ont beaucoup d’intuition lorsqu’il regarde les rushes. Plus précisément aussi sur la construction des débuts et des fins de films. Vous pourrez lire les exemples dans un second post !

Nora a insisté sur la spécificité de notre métier : en montage, on peut vraiment essayer, et revenir en arrière. Cela nous rend certainement plus apte à suivre nos intuitions. Elle a d’ailleurs aussi parlé de l’éducation et du fait qu’en France on valorise énormément la rationalité et qu’on se méfie de l’intuition. Et que culturellement on n’est pas très habitué à suivre nos intuitions.

La conclusion était belle : un monteur a dit que l’intuition nous différenciait des robots et des ordinateurs qui peuvent faire beaucoup de choses très rapidement mais pas avoir d’intuition ! »