Rendez-vous

Ce matin j’ai rendez-vous.

J’ai rendez-vous avec un corpus de rushes pour notre première rencontre. Ils sont nombreux. Des quantités de petits fragments. Des morceaux d’un réel passé, vécu, parlé, filmé.

Je sais que nous allons travailler ensemble pendant 5 semaines. Il va falloir s’entendre et se comprendre. Peut être ont-ils peur de rencontrer leur monteuse ? Celle qui va les couper, les découper, les jeter au panier.

Que vais-je découvrir ? Que vont-ils me dévoiler d’eux-mêmes, de leur contenu, de leurs imperfections ?

Je suis terriblement curieuse.

J’ai rendez-vous avec les rushes d’Elisabeth Coronel pour son film documentaire (26min) sur le bijou contemporain De l’or à la rouille et cela me remplie de joie.

Lisa Catterson
Collier en papier, Lisa Catterson

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Tchin !

Une réalisatrice vient de me téléphoner. Son projet de film vient d’être validé par Arte et c’est moi qui vais le monter. Nous avons déjà travaillé ensemble. Je suis heureuse qu’elle me rappelle. Je suis également heureuse de cette perspective de travail, tant par la qualité de son projet que par notre lien d’amitié. C’est tellement bien quand ça se passe comme ça.

Mais il y a aussi des films sur lesquels j’ai vraiment envie de travailler, pour lesquels j’aimerai me battre et être « jugée » sur plus d’éléments qu’une simple première rencontre. Mais faute de temps, faute d’arguments ou faute de chance, le boulot me passe parfois sous le nez… mon téléphone sonne alors pour m’annoncer des nouvelles moins sympathiques.

« J’ai beaucoup aimé notre rencontre mais il a fallu choisir et ce ne sera pas vous. »

Il y a certains refus plus difficiles à encaisser que d’autres. Quand j’ai vraiment eu un coup de coeur sur un scénario par exemple, quand le projet me parle, que je sens que je pourrai apporter beaucoup. Il est difficile de dépendre d’un feu vert dont je ne maitrise finalement pas grand chose…

« Notre rencontre était passionnante, mais pour mes producteurs c’est plus facile de travailler avec quelqu’un qu’ils connaissent déjà. J’ai donc choisi une autre personne. »

Parfois, je sens lors de la première rencontre que ça ne le fera pas.

« Vous êtes trop jeune, je veux travailler avec une monteuse d’une autre génération. »

Mais une monteuse ce n’est pas comme le vin… pas besoin de prendre de l’âge pour être délicate, subtile et efficace.

Parfois je suis même surprise par les arguments avancés.

« On pense trop de la même manière, on a la même sensibilité, on est vraiment trop proches. »

Vous aimez les conflits vous ?

Aujourd’hui c’est bon ! Un beau film va se faire.

Trinquons !

 

Spectateur-monteur

Sur les (très bons) conseils du blog documentaire, je suis allé « regarder » Alma, une enfant de la violence, le dernier web-documentaire diffusé par Arte.

Le sujet est fort, bien que trop violent à mon goût. Jusqu’où peut-on aller ? Et pourquoi ?

Je dirai que la question se pose à la fois sur le fond, et sur la forme.

Ce qui m’a surprise, attirée, amusée, intéressée, c’est qu’avec la souris de l’ordinateur on peut au cours même du récit d’Alma, choisir de voir son (magnifique) visage, ou bien, un montage photographique et graphique (des dessins animés dans un style BD vont et viennent sur le montage photo). Il suffit de monter ou descendre le pointeur de la souris pour faire apparaître l’un ou l’autre type de récit : l’entretien ou la narration imagée.

Le spectateur devient pour ainsi dire « monteur » d’une partie de la forme du film. C’est alors intéressant d’analyser son propre rapport à l’interactivité. Pourquoi a-t-on envie de passer sur les images ? Qu’est-ce qu’elles apportent de plus ? Pourquoi et quand revient-on sur le visage d’Alma ? Les questions typiques que l’on se pose en salle de montage.

Pour ma part, je suis quasiment allé systématiquement sur les propositions d’images, les trouvant plutôt fortes, justes, accrochant particulièrement avec les dessins qui humanisent les propos violents. Je m’interroge donc sur la nécessité de laisser ce choix au spectateur. Outre le côté nouveau et techniquement très bien fait, est-on dans le gadget ou dans l’apport véritable d’un élément qui transforme notre perception ?

Je penche plutôt pour le gadget. Puisqu’au fond tout cela est déjà pensé et fabriqué (et heureusement !). Mais j’avoue que l’expérience m’a plu.

Alma, une enfant de la violence, un web-documentaire Miquel Dewever-Plana & Isabelle Fougère