Encore une !

A chaque montage, sa méthodologie !

Première semaine d’un nouveau court-métrage de fiction, produit par NORTE et né sous une belle étoile (ARTE).

Je suis encore étonnée d’explorer une nouvelle manière de travailler. Je crois que pas un film ne pas fait trouver/chercher/inventer sa propre manière de le découvrir et de l’assembler. Quelle chance !

La méthodologie, ce n’est pas quelque chose que je prévois, c’est quelque chose auquel je m’ouvre. Et qui se met en place, quasiment malgré moi.

Entre le désir de la réalisatrice, le mien, les contraintes de la production et l’état de la matière (entièrement tournée ou pas, rentrée dans la machine ou pas, déjà partiellement explorée ou pas, par l’une, par l’autre, ou pas…), bref, on touille tout ça et bingo : on invente.

Pour cette nouvelle fois, la recette sera celle-ci :

  • Nous regardons les rushes avec G., en général le temps d’une grosse demie-journée. Plutôt l’après-midi. Pour être précise, on a instauré notre rendez-vous quotidien à 13h30, après avoir mangé (c’est drôle les habitudes qui se prennent sans qu’on les pense vraiment). Elle prends un thé, moi un café et zou.
  • On sort les beaux rapports de scripte et, une à une, on exhume du disque externe les séquences. Dans l’ordre chronologique du film. Nous regardons les prises cerclées. Je découvre le découpage, la mise en scène, les comédiens, G. parle un peu. Parfois nous rions des histoires de tournage que G. a l’art de bien raconter.
  • Nous faisons un choix de prise ensemble. Et dans ce choix de prises, nous précisons nos intuitions, ce qu’on y a vu, ce qui va nous servir et pourquoi. C’est à la fois précis : on sait quand une réplique ou un regard nous tape dans l’oeil, mais ça reste ouvert. On fait aussi un certain nombre de balisage de la matière sonore.
  • Je passe par des notes papiers. Aucune envie de pré-découper dans l’ordinateur les plans. En y réfléchissant, je vivrai l’intrusion d’une partie technique du travail à la fois comme une chose qui figerait les choix et aussi comme une entrave à ma manière de regarder. Je note donc sur des feuilles volantes les commentaires que l’on se fait sur chacune des prises. C’est plutôt très efficace. J’ai même trouvé une sorte de codification assez personnelle.
  • Le soir G. s’en va. Et moi le lendemain je monte ce qu’on a vu. Je prend en général la journée + une demie journée, et à 13h30 on recommence : visionnage de la suite. Puis montage pour moi, seule.
  • En trois demie-journée de visionnage on a tout regardé. Alterner visionnage et montage me permet de construire plus efficacement. Mardi prochain, le matin cette fois-ci (!), je présenterai à G. la v1 de son film. Environ 30 minutes. Ce sera aussi une découverte pour moi, car je m’interdis de trop revenir sur mon montage, j’avance.

Je monte d’après mes notes, respectant toutes les intentions de tournage et d’écriture. Je donne la chance à tout ce qui a été donné jusqu’à présent, pour se laisser surprendre, peut-être. Nous avons parfois le sentiment d’avoir une longueur d’avance sur la matière, mais je me garde bien d’aller trop vite, car le montage n’est pas le dérushage qui reste une vision morcelée, mais bien la découverte de ce que l’assemblage produit.

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Les roches

Erreur du correcteur orthographique ou faute de frappe ? Plusieurs échanges sms où nous nous parlons « des roches ». 

« J’ai branché le disque dur et copié les roches dedans ». 

Les rushes deviennent des pierres, des cailloux, de la roche, de la matière solide et ancienne. C’est assez vrai pour ce projet dont les images ont parfois 14 ans.

Monter des roches moi ça me plait bien. J’adopte. 

Pour l’amour d’un regard…

Je scrute tes yeux.

Sont-ils plus « parlant » ici ou là ?

Que disent-ils ? A quoi penses-tu dans ce taxi ?

Dois-tu être plus en colère ? moins en colère ? A quel endroit de la prise aurais-je le plus de longueur ?

Combien de temps je te laisse dans tes pensées ?

Et lui, le chauffeur, tu le regardes ou tu le laisses parler ?

Tes yeux…

Je les fait avancer, tourner, se retourner, se détourner, regarder, pleurer.

Une image de tes yeux c’est une ligne de texte.

J’écris avec tes yeux, qui disent des nuances, qui écrivent qui tu es, ce que tu penses, ce que tu aimes et n’aimes pas.

Tes yeux… je les suit. Et j’aime par dessus tout quand tu pleures.

Sont-ils plus brillants, mieux imbibés de larmes sur cette prise ou sur celle-ci ?

Mes yeux veillent sur les tiens.

Dialogue de sourd…

Je crois que tous les monteurs parlent tout seul… à leurs comédiens, à leur machine ou à eux-mêmes… en tout cas, dans mon cas ça donne à peu près ça….

Allez, allez, tourne la tête, tourne la tête…
Pffff. Non.
Alors là y’a qu’une prise. Donc c’est mort.
Celle-ci, out. Pas de soleil.
Allez, allez, croise tes bras…
Oh non !
Mais pourquoi tu fais ça ??!
Ah ! Là ! Parfait.
Et là, comment tu le dis ?
Attends une minute…
Celle-ci… C’est bien ! Mais vous êtes trop loin l’une de l’autre.
Arg.
Qu’est-ce que je peux faire ?
Je cherche encore un peu et je fais une pause.

Un quart d’heure plus tard…

Emmanuelle, tu n’y vois plus rien… Termine ce raccord et arrêtes !

Un quart d’heure plus tard…

Oui, oui, je fais juste ça et j’arrête.

Un quart d’heure plus tard…

Oh là, ça fait déjà 30 minutes.

Un quart d’heure plus tard…

Barre d’espace / pomme S / jeté arrière du fauteuil.

Me voilà allongée sur le canapé. Je ferme les yeux. Je ne dors pas. Je laisse écouler le flux… Dans le silence. Je purge.

Un quart d’heure plus tard…

Souris dans la main…

Mais voilà ! C’est ça. Youpi !

La fausse piste de l’amant et le téléphone des années 90

Aujourd’hui en salle de montage :

– En revanche ce plan-là je ne vois pas ce qu’il raconte.

– Mais si ! C’est l’idée qu’elle a peut-être un amant.

– Oui mais qu’est-ce qu’on voit ? On voit une femme qui prend le téléphone et au moment où l’on pourrait savoir qui elle appelle c’est coupé ! C’est super frustrant.

– Un téléphone que j’ai mis des mois à trouver dans une brocante !

– Ah oui mais moi je suis monteuse et ça je ne le sais pas et c’est tant mieux. Ce plan brouille les pistes. Il faut l’enlever. Poubelle.

– C’est justement une fausse piste.

– Mais comment veux-tu qu’on puisse imaginer que cette femme appelle son amant ? Dans tous les plans qui précèdent, elle est endeuillée de la perte de son fils, et elle tente de reconstruire quelque chose avec son mari. C’est ça qu’elle joue ta comédienne. Donc l’histoire de l’amant, on ne peut pas y croire ! On ne peut même pas l’imaginer. On se dit juste : mais qui elle appelle ? et ça doit être super important pour qu’on coupe avant même qu’on le sache. Et ensuite on attends la réponse tout le long du film… et forcément ça ne vient pas puisque c’était une fausse piste.

– Oui je l’aime ce plan. Je vais le laisser.

Quelques heures plus tard… pendant un visionnage…

– couic couic (je montre avec mes doigts le mouvement du ciseau)

– ah ah ah !! non !

Quelques heures plus tard…

– Allez ! Je crois vraiment que ce plan n’apporte rien.

– Oui mais je l’aime tellement.

– Alors on va essayer de lui trouver une autre place. Ou alors on l’utilise avant qu’elle prenne le téléphone. Pffff. Non, ça ne marche pas. On va l’essayer ici. Qu’est-ce que tu en penses ?

Quelques essais après…

– En fait j’aime le reflet là dans le miroir.

– Alors regarde bien : ce qui est beau dans ce plan c’est les cheveux de cette femme de dos, c’est la photo de son fils et c’est le reflet dans le miroir. C’est trois choses existent dans trois autres plans de ton film. En fait tu ne perds pas grand chose ?!

Fin de journée…

– Allez je crois que tu as raison, on l’enlève.

– On peut toujours l’enlever et puis on verra. Tu ne vas pas revenir cette nuit pour le remettre hein ?

Ariane, Lucie, Marc et les disparus

La première était une très belle femme. Elle était là, assise au café à côté de la réalisatrice. Je l’ai vu. C’était très étrange. Dans mon regard il y avait tout et dans le sien juste la surprise de voir mon immense sourire et ma bouche qui a prononcé avec enthousiasme « Ariane » !

Ariane était « le personnage » du film documentaire que j’avais monté l’année précédente. Autrement dit c’était elle. Et c’est parce qu’elle m’avait tellement touchée à travers l’écran (sur des heures et des heures de rushes) qu’il était si émouvant de la voir. Pour de vrai. A la fois si différente et pourtant elle.

En quelques secondes, la réalité et la fiction se sont télescopées avec fracas. « C’est elle, je la connais, elle me connaît, on s’est « aimé ». Ah non, c’est juste moi, elle ne sait rien. »

Elle ne sait pas que je connais ses petites rides délicates, sa respiration, la douceur de sa voix, son rire, les différentes manières dont elle attache ses cheveux.

Elle ne sait pas que j’ai pris soin d’elle, que je lui ai fabriqué une sœur jumelle et virtuelle, à son image, qui est certainement elle mais pas tout à fait.

Elle ne sait pas qu’elle vit quelque part en moi.

La seconde c’était Lucie. Ah non Johanna. Lucie c’est son personnage dans la fiction d’Hélène Joly. Du coup pour moi cette femme reste Lucie.

Comme souvent je la découvre à la projection du film. Elle est là. Je la vois d’abord de loin. Puis on me la présente. Moi je sais. Mais je ne dis rien. Je pense aux heures que j’ai passé à modeler ce qu’elle avait donné à la caméra. A Lucie.

Puis le film est projeté. « Lucie » vient me voir. Elle a cette même douceur. Cette même voix. Elle me dit merci. Elle voit tout le soin que j’ai mis dans le film et pour son personnage. Cela me touche. C’est la première fois qu’une petite complicité partagée existe par delà le film.

Maintenant j’attend de rencontrer Marc. Marc c’est spécial. Il m’a bouleversée. Je connais ses tics de langage. Je m’en amuse. Je le taquine à travers l’écran. Je le chambre. Je ris parce que des fois j’ai l’air d’une midinette, totalement charmée. J’ai toujours une idée de séquence pour montrer un peu plus de Marc. C’est devenu la blague. N’empêche que je me demande ce que ça va faire quand je vais le voir.

Et puis je n’ai pas parlé des gens que je « monte » et qui sont morts. J’ai toujours une émotion quand je l’apprend. Qu’ils soient mort avant ou pendant le montage. Les images deviennent particulières. On sait que cette personne ne verra pas ce qu’on est en train de faire et pourtant c’est elle.

Voilà ce m’apporte la salle de montage. De drôle de « rencontres » mais des rencontres pour sur.

Recette pour la fabrication d’un teaser

 Il n’y a évidement aucune recette, je trouve juste drôle la manière dont j’ai procédé pour le montage du teaser du film d’Hélène pour lequel j’avais carte blanche et pour lequel j’étais, au départ, aussi blanche que la carte.

Recette pour la fabrication d’un teaser

1- Sélectionner parmi la bande-image du film les plans qui vous semblent les plus beaux, les plus emblématiques et/ou symboliques du film, les temps forts. Ne pas vous soucier des sons, réserver pour plus tard.

2- Prendre la bande-son. La réduire à son essence sans vous préoccuper des images. Couper les fragments les plus forts. Les isoler.

3- Recoller tous les plans et tous les sons. Voilà votre nouveau corpus. Travailler, pétrir, jongler, imbriquer et vous obtiendrez une première version de votre teaser.

4- Faites un export. Présentez le travail à votre réalisatrice. Faites quelques ajustements sous son regard éclairé.

C’est prêt. Bon visonage.

Effet boomerang

Pour découvrir l’ensemble des articles consacrés au montage du court-métrage A travers Lucie réalisé par Hélène Joly, c’est ici.

Dernièrement j’ai pu découvrir avec beaucoup d’émotion le mixage et les musiques originales du film d’Hélène Joly que j’ai monté. Moment très fort. C’est à la fois nouveau parce que ces sons et ces musiques je ne les avais jamais entendu, et comme connu parce que nous les avions tellement fantasmés.

Tout le long du montage on parle musique, montage son, on monte nous même certains sons, comme une pré-visualisation, on pense à tout cela. On le prépare. Ca fait partie de l’écriture, de la narration, des ambiances du film, des émotions qu’on veut insuffler au récit, bref du montage.

Il est révolu le temps du « montage image ». Le monteur monte tout. Les images, les sons, les musiques et quand on ne les a pas, on ne cesse d’en parler. On est loin de se préoccuper que des images !

On dialogue beaucoup au sujet de la bande son en général. On invente. Qu’est-ce qu’on va raconter avec ce son d’orage ? La pluie comment doit-elle sonner ? Quelle texture ? Quelle puissance ? Et là, le bruit des draps, tu verra ça va apporter de la présence…

Pour la musique c’est pareil. Il y a ce qu’Hélène imaginait au départ, et tout le chemin qu’on a fait ensemble. Ses intuitions : « je veux de la musique électro » et les miennes « il te faut des brillances, comme des scintillements, c’est ça qui apportera le contraste et révélera ce que ton personnage porte en elle ».

Après le faire c’est autre chose. Ce sont même des métiers différents : monteur son, compositeur, mixeur. Hélène est donc parti avec notre montage sous le bras pour sa grande tournée de post-production. Il y a d’abord eu un travail avec un monteur son qui a nettoyé les sons et complété notre écriture. Une grande partie du film d’Hélène se déroule sous la pluie. Il ne s’agit pas de coller une ambiance de pluie tout le long de la séquence. Ils ont donc travaillé sur les textures de chaque son.

Hélène est ensuite allé chez son compositeur de musique. Ils ont écrit et composé pour le film « à l’image ». C’est à dire que de notre côté le montage image était verrouillé. Ce n’est pas toujours le cas, mais pour ce film c’était possible. On avait pensé en amont les espaces pour la musique. On avait travaillé avec cette donnée dès le départ.

Enfin il y a eu le mixage. Numéro d’équilibriste, où comme un chimiste, le mixeur équilibre chaque composant de la solution pour trouver un ensemble cohérent et complet.

Le film me revient donc comme un boomerang, enrichit et déployé. L’étalonnage est en cours.

Restera tout bientôt à l’offrir aux yeux de tous.

Petit extrait de la bande son signée Fabrice Naud, Xavier Roux, Nicolas Bredin et Marco Schiavoni (musique et mixage)

Fin du montage « image »

Pour découvrir l’ensemble des articles consacrés au montage du court-métrage A travers Lucie réalisé par Hélène Joly, c’est ici.

Nous venons de terminer le montage image du film court d’Hélène Joly. Le film fait 18 minutes.

Nous avons changé le début du film jusqu’au dernier moment en ajoutant un plan, un texte off et le carton titre du film. Le calage de ces trois éléments a pris un certain temps. C’est seulement le dernier jour qu’une inversion du montage de cette introduction a enfin permis la fluidité. Je suis toujours surprise de constater à quel point de « petits » changements donnent de « grands » bouleversements. D’un coup, c’est là. Avant, c’était bricolé.

Nous avons passé du temps lors de nos dernières séances de travail sur les parties dialoguées du film. Ce n’est pas évident de faire fonctionner un champ / contre champ. Il faut atteindre l’émotion, reconstruire le temps et les liens qui unissent les personnages.

Dans un champ / contre champ il faut tout re-fabriquer, à commencer par la continuité qu’il faut redonner à partir de plusieurs prises : le champ sur l’un, le contre champ sur l’autre. Il faut marier les plans, les faire se répondre, tout en donnant un aspect fluide. Il faut atteindre le naturel alors qu’on est en face du contraire : des prises uniques tournées dans des temps différents.

Un champ / contre champ c’est des centaines d’assemblages possibles et une multitude de choix de coupe. Des combinaisons multiples dont le changement d’une prise se répercute sur toutes celles qui suivent, tel un jeu de dominos. Quelques images de trop sur un regard change l’intention de jeu. Bref, nous avons beaucoup cherché.

Nous avons trouvé la plupart des solutions en coupant des petits morceaux de texte. En enlevant une phrase parce qu’elle était redondante avec le jeu de la comédienne, et qu’on privilégie l’émotion jouée à l’émotion racontée. En supprimant un morceau de texte parce qu’il créait une incohérence dans la construction de notre personnage. En renonçant à un passage jugé alors trop littéraire.

Certaines lignes de texte ont besoin d’être écrites sur papier, besoin d’être tournées, pour finalement être coupées. Elles existent malgré tout dans le hors champ des plans, dans le hors champ du film. Si Hélène ne les avait pas écrites et tournées, les comédiennes n’aurait peut-être pas aussi bien compris leur personnage, elles n’auraient pas dit les phrases suivantes avec cette émotion particulière.

Et puis la fin du montage veut aussi dire la fin d’un moment intense de travail. On sait que les relations fortes perdurent aux films, mais on sait aussi que la nostalgie du temps de montage existe.

Pour découvrir l’ensemble des articles consacrés au montage du court-métrage A travers Lucie réalisé par Hélène Joly, c’est ici.

Capture d’écran 2013-04-06 à 12.08.41

De la structure

J’ai commencé à travailler sur le court-métrage d’Hélène Joly début février, un premier post y a été consacré ici : de la sur-impression.

Ca y est. La structure du court-métrage d’Hélène est là. Nous venons de faire un premier visionnage avec Damien Faure son chef opérateur. Damien a dit : « c’est bien ! vous avez osé »

Oui nous avons osé : les ruptures, les coupes dans le texte, la création de nouvelles séquences inspirées par les images… Nous avons osé nous affranchir d’une narration exhaustive nuisible à l’émotion.

En salle de montage, je considère toujours que le film doit se faire à partir des rushes. Exit les idées préconçues, les grands discours, il y a que la matière qui compte. C’est elle qui nous guide. C’est comme ça qu’il y a des évidences qui s’imposent. Un peu comme si le film avait un inconscient qu’on pouvait mettre a jour.

Par exemple, Hélène a écrit une magnifique voix off. Longue et intime, cette voix ne devait se placer qu’en début de film. Mais Hélène a aussi tourné une séquence pour le milieu du film, très esthétique, basée sur des reflets imbriqués d’immeubles modernes, froids, en monochrome gris. J’ai tout de suite vu – ou plutot senti – qu’une partie du texte off du début serait pour cette séquence image. Concordance de sens. Il a suffit que je soulève l’idée pour que tout s’y engouffre : nous, le son, les images. Ça a marché en deux secondes.

v1 03 mars 2013

A contrario il y a encore des séquences qui nous résistent. Une séquence a déjà fait l’épreuve de trois versions radicalement différentes. Une dans le respect du plan séquence. Une où nous avons mixé les trois versions du plan séquence en couvrant les coupes. Et une version en jump cut, parce que je donne toujours sa chance à tout, même à ce en quoi je ne crois à priori pas. Nous ne sommes pas encore satisfaites. Il faudra encore chercher et trouver une autre solution.

Mais Damien nous a aussi dit : « maintenant il faut oser plus ». Il a raison. Il faut oser encore plus. La séquence d’ouverture peut encore être épurée. Il faut lui donner complément sa valeur d’évocation en retirant un plan, trop réaliste.

Dans la séquence 2 , le texte de la voix off a finalement fait l’objet de quelques coupes. Cette séquence de déambulation a été longue à construire. La matière première était composé d’un long texte et des nombreux plans de déambulation. Le grand risque quand on a beaucoup de plans qui racontent la même chose c’est de vouloir tous les caser. Il y a des moments où il faut savoir ne pas trop découper au montage. Multiplier les angles, les points de vue, nous désoriente et nous éloigne de ce sentiment de fluidité que nous cherchons. Nous avons beaucoup tâtonné. J’ai proposé des versions où j’ai volontairement trop coupé. Pour aller à l’essence. Parce que ça permet aussi de voir – en négatif – ce qui manque. Et de le repêcher. Hélène savait précisément ce qu’elle voulait faire revenir dans le film et pourquoi.

Reste encore une chose qui me soucie. Nous avons utilisé des ralentis. Nous pensons que l’effet est nécessaire. Qu’il apporte quelque chose de plus. Mais nous n’avons pas encore trouvé la bonne manière de les amener.

Cette première étape est malgré tout validée. Et nous sommes prêtes à travailler maintenant la seconde partie du film.

Carnet de montage #2 – fiction, post précédent De la sur-impression