Intuition !

Mes chers lecteurs, amis monteurs et monteuses,

Je prépare une soirée avec Les Monteurs Associés sur le thème de l’intuition dans le processus de création et en particulier chez nous les monteurs. La soirée aura lieu le 7 décembre 2016.

J’ai besoin de votre aide et vous invite, par le biais d’un questionnaire, à partir à la découverte d’un de vos outils de travail !

Afin de pouvoir réfléchir ensemble lors de cette soirée, en présence de Nora Meziani (doctorante, spécialiste de l’intuition), j’aimerai beaucoup que vous m’accordiez quelques minutes de votre temps pour répondre le plus sincèrement et le plus simplement possible à ces questions.

Sentez-vous libre de répondre longuement ou brièvement. De sauter les questions qui ne vous inspirent pas. Tout témoignage est précieux pour nous, et bien sur tout extrait sera cité de manière anonyme.

Je vous remercie beaucoup ! et par avance pour votre participation.

Formulaire en ligne : http://webquest.fr/?m=21522_intuition

La pensée naît du doute

Partenaire indissociable de l’intuition : le doute. Le dangereux et magnifique doute.

Douter dans la salle de montage c’est ce qui permet de laisser une chance à une idée, à un cheminement, de créer quelque chose qui dépasse nos prés-sentiments, nos pré-jugements, nos pré-pensées.

« Je sens quelque chose de fort, de très fort, mais je n’y met jamais ma tête à couper. »

« Je ne crois pas à cette idée, pas du tout, mais idem, je m’ouvre au doute. »

Dans le meilleur des cas, les doutes, le miens, ceux de la réalisatrice ou du réalisateur, nous emmènent loin. Dans le pire des cas ils nous plongent temporairement dans l’incertitude la plus totale et parfois, pour quelques heures, dans l’inaction.

La recherche de l’équilibre à deux entre les intuitions et les certitudes (qui n’en sont jamais vraiment et qui sont toujours remise en questions) mènent aux arguments. Cela permet de défaire les résistances et les préjugés qui existent de part et d’autre.

La confrontation d’opinions, de points de vue, de sensations, donne de la nouvelle matière : les mots. Ils permettent l’expérimentation par l’imaginaire. La création virtuelle par le dialogue.

Pendant plusieurs jours parfois le travail se fait uniquement dans les échanges. Car dans les mots de l’autre on va puiser les réponses aux questions du film, les clés qui manquent, les hypothèses non explorées.

On chemine autrement, dans l’analyse et le partage, grâce au verbe, avant de retourner à la fabrication « matérielle ».

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« C’est le film qui décide »

J’ai récemment été interviewée par Nora Meziani, doctorante à Paris I et à l’ESCP, pour la préparation de son article sur l’intuition, l’analyse et la prise de décision dans la création des films.

Il est vrai qu’en montage, on ne cesse de basculer du ressenti, à l’analyse, à l’action. Un peu comme dans une trilogie émotion – pensée – geste, dans laquelle on navigue en permanence.

« Je teste, je regarde, je ressens, j’analyse, je corrige, j’imagine, je pressens, je fabrique d’après mon intuition, puis à nouveau je re-regarde, je re-ressens, j’analyse, je corrige ».

Je poursuis cette démarche sous la forme d’une spirale me rapprochant toujours plus près de mon objectif premier : fabriquer l’oeuvre finale la plus aboutie et la plus proche des intentions. Je fabrique un film.

Lors de notre entretien, je dis à Nora au détour d’une pensée sur comment s’effectuent les prises de décisions : « mais en fin de compte, il y a le réalisateur, le monteur, mais aussi le film. Et le film lui aussi décide. » Nora me réponds que beaucoup de gens lui ont parlé de ce phénomène du film qui se met à « décider ». Elle m’interroge, assez perplexe : « mais qu’est-ce que ça veut dire ? »

Je creuse la question.

Je prends l’exemple des rushes. Pour monter une séquence à partir d’un ensemble de rushes, on a notre intelligence à chacun(e) (réalisateur-trice et mon monteur-se), on a également nos ressentis – comment on perçoit le temps, le jeu, la plastique du plan – mais on a aussi les contraintes. Rushes incomplets, actions manquantes, choses pas jouées, pas filmées, pas montables. C’est là que le film commence à prendre part aux décisions. Par la matière qu’il nous impose.

Puis on commence l’assemblage. On va poser des jalons de structure. Au départ, on a toutes latitudes. Mais la forme, petit à petit, va elle aussi nous imposer des directions. C’est parce qu’on pose tel début, que ça appelle telle suite. La forme, que l’on initie, va petit à petit entamer un dialogue avec nous (réalisateur-trice et mon monteur-se), et voilà, nous sommes bien trois.

Quant à ce point de bascule, entre le ressenti et la prise de décision, j’ai l’habitude de dire que le montage ce n’est que des choix. C’est mon point de vue de monteuse. Une amie réalisatrice me dit souvent que le montage ce n’est que des deuils. Quelque part ça revient au même. Et tout ces choix sont justement effectués par la bascule entre la pensée et l’intuition.

L’action et/ou l’expérimentation permettant la validation, la mise de côté ou la transformation de l’intuition et de la pensée.