Marie Estelle

Marie Estelle travaille avec moi. Et sans Marie Estelle je serai bien en peine.

Voilà tout ce que je peux faire grâce à elle :

Arriver le matin en salle de montage en étant sereine.
Me concentrer sur mes séquences, tout mon rapport artistique au film (musique, construction, dérushage…). Avoir le temps de me plonger dans toutes ces questions-là. Pleinement.
Améliorer ma connaissance de la machine (parce qu’elle est super méga calée Marie Estelle).
Discuter, échanger, prendre des décisions en connaissance de cause – avec elle.
Former à une équipe, qui s’agrandira d’un stagiaire.
Developper un travail collectif, transmettre et être solidaire.
Partager la connaissance complémentaire des mêmes rushes… mon dieu, j’ai une double mémoire maintenant !
Avoir l’immense chance de croiser son sourire tous les matins et tous les soirs !

Ce blog manquait cruellement d’une vue sur le travail – indispensable – de l’assistante monteuse, la merveille merveilleuse.

Ce nouveau projet ne me permettra qu’une collaboration réduite avec ma perle rare, mais j’attends le prochain pour partager encore plus : déployer, activer, co-créer, inventer, pour aller plus loin, plus vite, plus profondément, ensemble et pour le film !

Numérique

Plus long le chat dans la brume est désormais disponible sur l’iBooks Store et pour fêter cela je l’offre aux 5 premiers lecteurs du blog qui m’enverront un mail (mon mail se trouve sur la page à propos du blog).

Cette version numérique du livre peut se lire sur un mac, un iPhone, un iPad.

Il n’aura pas la douceur du papier, ni le plaisir d’être déposé sur à côté de votre machine de montage ou glissé dans votre sac, mais il vous permettra de l’avoir à porter de tablette !

Vous le trouverez à l’achat ici : http://itunes.apple.com/us/book/id1201714837

et bien sur ici pour le papier : http://www.adespote.com/la-boutique-b33359.html

Un vent de liberté !

On m’a récemment demandé mes sources d’inspirations cinématographiques et parmi les trois séquences que j’ai choisi il y avait celle-ci :

Une femme est une femme – GODARD – EXTRAIT

Quel vent de liberté ! La première fois où j’ai vu ce film, je me suis dit mais oui ! Il faut tout se permettre ! Le montage c’est le jeu ! Il faut jouer, et plus on joue, plus on jouit.

Une Femme est une femme bondit, sautille et rebondit d’une scène à l’autre.

La musique se glisse dans le récit et guide faits et gestes des comédiens. L’énergie, le rythme, la vie sont partout. On s’affranchit des décors, des costumes, de la synchronicité du son, on fait ce qu’on veut et pourtant c’est loin d’être n’importe quoi.

« Pour faire du cinéma, il s’agit de filmer des gens libres », mais il s’agit aussi de trouver une liberté du montage et de la mise en scène, d’être fidèle à ce qu’on est (en tant que réalisateur) et à son sujet (savoir écouter son film et le laisser parler), cet esprit LIBRE et joueur m’inspire !

« Tout à coup, quelque chose se débloque, s’éclaire, s’ouvre… »

Monter avec son intuition ?

En novembre 2016, Nora Meziani et moi-même avons fait circuler un questionnaire à des monteuses et monteurs de LMA – Les Monteurs Associés (et à des fidèles lectrices-lecteurs du blog), au sujet de l’intuition dans le processus de montage en vue de la soirée mensuelle organisée par LMA.

Voici une sélection piochée parmi les 46 réponses à ce questionnaire.

Lien PDF :

selection-questionnaire-intuition

Monter avec son intuition ? Résumé

Monter avec son intuition ?
Le 8 décembre 2016 à la Fémis avec Les Monteurs Associés.

Une soirée pour partager et découvrir nos expériences intuitives.

Avec Nora Meziani (doctorante et spécialiste de l’intuition)Dominique Villain (monteuse et auteure de plusieurs livres sur le montage et sur le processus de travail dans la création cinématographique) et une sélection des 46 réponses au questionnaire adressé aux adhérents : paroles de monteurs et monteuses sur le sujet.

En attendant la transcription de la soirée, voici un bref compte-rendu (très subjectif !). Plus tard dans la semaine, je mettrai en ligne la sélection des réponses au questionnaire que nous avions fait circuler.

Résumé de la soirée :

« Nous avons essayé de donner une définition de l’intuition, qui d’après les questionnaires semble être « comme un fulgurance, une vision… ». Nous sommes remontés à l’origine du mot – très en lien avec la vue, et Nora Meziani nous a expliqué qu’une intuition pouvait établir des millions de connexions en quelques secondes alors que l’esprit rationnel mettrait pour sa part plusieurs heures.

Nous avons distingué l’intuition de plusieurs autres choses : le positivisme, l’instinct, le fait de deviner…

Certains monteurs ont soulevé des questions : comment fait-on quand on est « contre » l’intuition d’un autre ? Un réalisateur a une idée, une intuition et on n’y croit pas ? L’intuition est autant : « je le sens » que « je ne le sens pas ».

Nora Meziani nous a fait part de ses entretiens avec des monteurs. Elle a entendu à plusieurs reprises : « c’est le film qui le veut », « le film le rejette », « c’est le film qui décide » et elle disait que c’était comme une phrase magique qui mettait tout le monde d’accord !

Ensuite nous avons établi clairement un lien très fort entre l’expérience et l’intuition. L’intuition agit par concordance, rapprochement, connexion et donc l’expérience et l’expertise que l’on a dans un domaine favorise nos intuitions. C’est revenu de nombreuses fois dans les questionnaires d’ailleurs.

Nous avons parlé des signes corporels en lien avec l’intuition. Nora nous racontait avoir vu des monteurs accrochés à leur machine et quand l’intuition apparaissait… ils poussaient la chaise d’un coup pour se décoller du bureau ! « Ça y est – disait-elle en imitant le monteur – je peux enfin me détacher (de l’outil) parce que j’ai trouvé ».

Un monteur nous a dit : « Mais ?! je ne comprends pas très bien… peut-on monter sans intuition ? » C’était drôle d’imaginer un monteur sans intuition.

Les réponses aux questionnaires ont clairement fait apparaître que les monteurs ont beaucoup d’intuition lorsqu’il regarde les rushes. Plus précisément aussi sur la construction des débuts et des fins de films. Vous pourrez lire les exemples dans un second post !

Nora a insisté sur la spécificité de notre métier : en montage, on peut vraiment essayer, et revenir en arrière. Cela nous rend certainement plus apte à suivre nos intuitions. Elle a d’ailleurs aussi parlé de l’éducation et du fait qu’en France on valorise énormément la rationalité et qu’on se méfie de l’intuition. Et que culturellement on n’est pas très habitué à suivre nos intuitions.

La conclusion était belle : un monteur a dit que l’intuition nous différenciait des robots et des ordinateurs qui peuvent faire beaucoup de choses très rapidement mais pas avoir d’intuition ! »

Le raccord slip !

Coupez-moi ce slip ! On doit croire que le comédien est nu !
Quoi de plus tue-séquence qu’un caleçon à pois découvert sous les draps alors qu’il ne devrait pas être là ?

Hop ! Un coup de rasoir. Plus de caleçon. Un homme nu !

Une anecdote qui m’évoque deux choses :

1- parfois les raccords sont guidés par la nécessité de faire disparaître un objet, un défaut dans le plan, et c’est alors une contrainte assez frustrante pour les monteurs mais qui soulage aussi (on n’est pas maître de tout ces petits choix à l’image près ! On a parfois un guide). C’est aussi grisant d’avoir ce sentiment de pouvoir créer à partir de l’existant. Je fais croire à quelque chose parce que c’est mieux pour le film. Je transforme !

2- il y a des slips qui dérangent et d’autres pas ! En effet, le dit caleçon est gênant sous la couverture mais en fin de séquence quand mon personnage se lève, j’accepte tout à fait son caleçon. La cohérence se joue dans l’esprit du spectateur fonction de la scène, de son enjeu et de ce qu’on veut faire croire / penser / ressentir. 

Petite magie (et amusement) du montage !

Rushes à domicile

Tiens, quelque chose vient d’évoluer dans ma pratique.

Je constate que depuis deux films (une fiction et un documentaire), j’ai plaisir à regarder des rushes chez moi. C’est très nouveau. Je ne l’avais jamais fait auparavant.

Je me demande comment cela m’est venu et pourquoi j’aime bien le faire ?

C’est souvent le week-end que ça me prend. Est-ce l’envie de ne pas couper pendant deux jours ? Je ne crois pas, je ne suis pas une fanatique du travail 24/24. Est-ce l’envie de regarder autrement ? On s’en rapproche…

Chez moi, le rush est dans un autre paysage. Le mien. Il est hors du temps du travail. Hors de la machine. Il est là, il se déroule mais moi je peux bouger. Oui c’est ça, je bouge plus facilement (physiquement je veux dire), et le mouvement me donne un autre ancrage du rush en moi.

Je suis aussi beaucoup plus détendue. Je regarde à un moment que je choisi, pendant lequel je suis entièrement disponible.

Je note des impressions, des grandes lignes, des idées, des questionnements. Je suis dans une sensation globale, une pré-élaboration avant d’attaquer le rush pris dans les filets du logiciel.

C’est comme si c’était à la fois plus intime et plus distancié qu’en salle de montage.

Mais je ne ferai pas que ça. J’ai besoin de la salle de montage. J’ai besoin de voir des rushes avec ma réalisatrice pour échanger, parler, commencer à construire.

Ça reste occasionnel. Ça m’apporte une relation plus intime avec les personnages, peut-être comme si eux aussi pouvait connaître quelque chose de moi ?!

Je remarque que ce sont des souvenirs forts. Et le lendemain quand je reprend ces rushes en salle de montage, j’en ai déjà une pré-connaissance, très nébuleuse mais qui me guide.

Comme un « déjà-vu ». (Avec l’accent américain !)