Filmer (et monter) la boxe

Là où la fiction met scène la violence du combat par un découpage et un montage ciselé, le documentaire montre l’apparente banalité et choisit plutôt le plan séquence. Deux approches tout aussi véritables et engagées.

1- Boxing Gym de Frederick Wiseman (documentaire)

Ici rien de spectaculaire. Pas de héros, pas de combat, mais des corps qui s’essaient au dépassement de soi, à la frappe, à l’effort, à l’agressivité et à la reprise. Des hommes, des femmes et des enfants. Des poings, des pieds, au rythme du souffle. Presque nous viennent les odeurs des corps et des sacs de frappe.

Pourquoi le plan séquence ? Le plan séquence permet un développement dans le temps. On a le temps de regarder, de sentir, d’accompagner. On a le temps de mesurer l’effort et « d’être avec ». On peut rencontrer, regarder, s’attarder, contempler, mais aussi « comprendre » physiquement la fatigue et les mouvements.

Parfois le son vient raconter ce qu’on ne voit pas. Les pieds sautillent, « avant-arrière »-« avant-arrière »-« avant-arrière » et le son nous donne la rythmique des poings pourtant absents de l’image. Ca devient un ensemble qu’on ne peut dissocier.

Les rounds sont ceux de l’entrainement. « biiiip ». De trois minutes en trois minutes, « biiiip » la vie d’un club.

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2- Raging Bull de Martin Scorsese (fiction)

Ici du combat en noir et blanc. De la puissance. Des coups. Des gants qui frappent et des visages qui éclatent.

Le montage va chercher l’affrontement, mettre en scène le face à face et la supériorité de l’un. Il permet le corps à corps, les peaux, le sang, le regard, les cordes. Principalement du plan serré, court, vif, extrèmement varié dans les cadrages, avec une escalade de la douleur et de la fatigue. La progression ne fait plus en temps réel comme dans le plan séquence, mais dans la construction du plan à plan. Chaque nouveau plan donnant à voir une nouvelle expression du combat.

Au son, le hors champs est celui de la foule qui acclame. Les plans sont si serrés qu’on ne verra pas le public, mais on l’entendra porter le héros à la gloire.

Les ralentis et la musique viennent « consacrer ». Apaiser également, une seconde phase après la violence, la redescente.

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3- Million Dollar Baby de Clint Eastwood (Fiction)

Dans ce film, le montage met en scène la médiatisation du combat. Tout n’est qu’ombre et lumière. Le devant de la scène et l’arrière de la scène. Les tenues brillent, les écrans de télévision aussi, mais dans l’ombre, les regards des deux entraineurs et du public vivent eux-même le combat.

Le ring n’est plus central. Ce sont les personnages qu’on raconte en premier lieu. Leurs visages, ce qu’il vivent intérieurement. Leurs histoires à chacun autour de ce moment qu’est le combat.

Le montage alterne donc les frappes, les visages en plan serrés, les actions en plan large, et la galerie de personnages qui suit avec intérêt le parcours des boxeuses. L’histoire (et le montage) dépasse la performance pour s’attacher aux ressorts et aux enjeux à la fois narratifs et émotionnels.

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Il semblerait que le montage comme la boxe soit une affaire de précision, de rythmique et d’engagement.

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2 réflexions sur “Filmer (et monter) la boxe

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