Monter un entretien

Monter un entretien, ce n’est pas seulement résumer un discours, choisir des morceaux de pensées, ou assurer la continuité d’un propos.

Monter un entretien c’est organiser une rencontre entre la personne qui parle et celle qui la regarde. 

On organise de la parole, mais aussi du corps, de la gestuelle, des silences, des retenues, des élans, des convictions.

C’est très exigeant. Un bon cadre ne suffit pas. Une parole fluide et limpide non plus. L’alchimie du fond et de la forme est nécessaire.

Et puis il faut savoir renoncer. Parce qu’on ne peut pas tout dire. Alors on hiérarchise les « morceaux ». On tisse une histoire, on force parfois pour faire « rentrer » un idée. On sauve une phrase. On re-compose. On charcute. On écrit et ré-écrit. On sublime. En coupant.

J’aime avoir deux outils pour cela : les marqueurs (« m » dans FCP) et les transcriptions sur papier de l’intégralité des entretiens.

Il ne s’agit pas de se faire happer par la transcription. Elle n’est qu’un outil de complément. Ce serait dangereux de privilégier le texte alors que justement le cinéma c’est le discours + la lumière + le cadre + le corps + l’ambiance + la voix + l’image + le hors champ + les silences + les couleurs, fois 24 images.

L’entretien est le pire ennemi de l’urgence. On peut aisément passer une journée sur une minute parce qu’on s’entête (à juste titre) à vouloir nuancer le propos. A monter des alternatives. Des variantes, toutes aussi intéressantes les unes que les autres, à ceci près.

Et c’est à ce moment là que les compromis entre le monteur et le réalisateur sont plus importants. Pour ma part, sur ces questions de fond, je me place toujours plus en retrait que sur le reste du montage. Je donne beaucoup mon avis. J’insiste. Je propose. Je prends parfois la main quand on sèche. Mais je laisse l’espace au réalisateur car c’est là l’essence de son propos. Je lui laisse choisir et dessiner les cartes de son jeu, puis mène la partie avec.

 

2 réflexions sur “Monter un entretien

  1. J’aime beaucoup ton article. Je croix que je vais citer quelques mots pour un petit critique de cinéma que je dois faire sur le documentaire /Jogo de Cena/, par le documentariste brésilien Eduardo Coutinho. Tu sais qu’il est un maître en ce qui concerne le cinéma documentaire avec entretiens. Je parlerai aussi de la relation avec le film /Salaam Cinema/, par Mohsen Makmalbaf.

    Si tu’as vu ces films, tu sais que le rôle de la fiction est très important pour conformer le discours. Si cela n’a pas encore été fait, ceci deux recommandations, Emmanuelle.🙂

    Merci beaucoup por ton article, et excuse mon Français.
    Pablo.

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