Montage – en cours

Quand je l’ai rencontrée, elle n’avait qu’un mot à la bouche : « ambiance ». Et moi je lui disais toujours, mais « ambiance » c’est quoi ? Est-ce qu’on fait un film seulement sur de l' »ambiance » ? J’avais un peu peur.

Et puis on a regardé ses rushes. Et ce qui m’a frappée c’est l’émotion qui s’en dégageait. C’est rare de voir autant d’émotion à l’état brut dans des rushes. Et dans de nombreuses journées de tournage qui s’enchaînent sur les timelines de la table de montage.

Souvent cette émotion on la construit justement par le montage. Dans ses rushes il y avait déjà beaucoup de choses qui pré-existaient au montage.

A l’image de ces moments où musique et image sont déjà « montées » par la captation du réel.

Elle filme et monte autant avec ses yeux qu’avec ses oreilles. Et personne ne voudra croire que cette musique, ce son, c’est du IN. Et pourtant. C’est quasiment in-montable.

Elle filme dans le temps. Dans les longueurs. Dans les silences et dans les gestes. Dans les visages aussi. Et surtout dans les échanges.

Je crois qu’au fond c’est cela qui l’anime : filmer les liens, les relations, plus qu’une personne ou qu’un « personnage ».

Pour elle, rendre compte du lieu c’est rende compte des liens. Aussi on se fiche de voir plusieurs fois Bénédicte ou Claire ou Dédé, comme de connaître leur maladie, puisque ce qui compte c’est leur présence à cet instant T et ce qui se passe entre eux. La parole des patients de la clinique est d’ailleurs quasiment toujours collective.

Plus qu’une narration traditionnelle, elle cherche la pulsation, le rythme, et sans s’en rendre compte je pense, elle nous place à l’intérieur. Je serai garante de la structure finale. Et je me demande bien comment tout cela va s’articuler, sans avoir aucun doute.

C’est étonnant car au fond le discours se construit « tout seul ». Si on essaye d’imposer quelque chose cela ne marche pas. Ce sont les présences et les alchimies entre le fond et la forme qui construisent et qui nous guident. Et tout s’intercale, se nourrit, se complète.

C’est une contemplation toujours active puisque ce qui lui plait c’est le processus. Processus de travail, mouvement de la nature, jeux des enfants, déambulations.

Le film sera certainement un long fil d’Ariane (nom d’un personnage du film), léger, aérien, musical, flottant, jamais rompu.

Enfin, ses rushes sont à la fois faciles, fascinants et très difficiles – épuisants. On a du mal à tenir les longues journées compte tenu de leur densité : cinématographique et surtout émotionnelle. Le contenu et l’aspect distillé est parfois éreintant. C’est un travail de longue haleine mais on avance bien et dans les temps.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s