Vertigineuses versions et singularité du montage

De retour de vacances, à la veille du début d’un nouveau montage, je repense au drôle de calcul fait par Walter Murch :

« Une scène composée de seulement 25 plans pourra donc être montée d’environ 39 999 999 999 999 999 999 999 999 manières différentes. En kilomètres, cela correspond à huit fois la circonférence de l’univers observable »

Evidement le calcul est mathématique et une majeure partie de ces versions seraient tout à fait farfelues et vides de sens, mais tout de même.

On le sait, on l’expérimente tous les jours, de multiples assemblages s’offrent à nous et certains jours c’est vertigineux.

J’applique alors le fameux dicton : « choisir c’est renoncer » et mon cerveau tel un ordinateur se met à « calculer » en quelques secondes de multiples possibilités pour n’en sélectionner que les deux ou trois meilleures, les partager, les discuter, les tester.

Cela m’amène à une seconde réflexion.

Je me suis souvent interrogé, lors de mes précédentes aventures cinématographiques, sur l’impact du choix du monteur une fois le film terminé.

Ou autrement dit sur la singularité de mon travail.

Comment un autre monteur aurait-il traité les rushes ? Le film aurait-il globalement le même fil conducteur ? Et dans les détails ? Quelles seraient les variations ?

Le montage d’un film est-il comparable au travail du comédien sur un texte imposé ? On s’en empare, on s’y projette, et de nos échanges avec le réalisateur se prennent des décisions souvent bouleversantes et importantes.

J’ai eu plusieurs fois l’impression de colorer le ton du film, de tisser une toile parmi deux ou trois autres possibles et tout aussi valables, ou de travailler la narration d’une manière si particulière, que je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’un autre échange avec une autre personne aurait sans doute donné un autre film. Pas mieux ou moins bien, pas forcement moins satisfaisant pour le réalisateur ou le spectateur – qui le saurait d’ailleurs ? mais simplement autre.

Alors évidement à la fin de chaque montage j’ai l’impression avec le réalisateur d’avoir fait le meilleur film possible, d’avoir poussé au maximum la recherche, les expérimentations, d’avoir mis en perspective le désir originel – il est bien là en bout de course.

Et si nous sommes pleinement satisfaits, heureux et fiers, c’est donc que nos ambitions se sont bien rencontrées et mélangées… et que de cette rencontre, de ce chemin de montage, de ces propositions validées ou rejetées, est né un film – ce film.

Aussi je pense maintenant que tout bon montage est unique. Il témoigne d’une rencontre et d’un temps donné. La seule hypothèse de contrôle total à ce niveau serait le film monté par son seul réalisateur.

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