La face cachée du montage

Quand les gens me félicitent pour le montage d’un film que j’ai fait, je suis bien évidement heureuse, mais je me demande aussi ce qu’ils entendent par là. Ils ne se sont pas ennuyés donc le rythme est le bon ? Ils n’ont rien perçu d’étrange, le montage est suffisamment invisible, donc c’est bien monté ?

Au delà des critères basiques que sont la coupe et le rythme, le montage relève d’actions beaucoup plus importantes, plus profondes, plus essentielles, qui sont souvent invisibles à l’écran.

On démarre toujours un montage par des choix. Il s’agit extraire d’un ensemble plus ou moins vaste de rushes la bonne matière et de laisser de côté celle qui ne convient pas, ne marche pas, celle qui résiste au film. Cela va de l’évidence (plans ratés, non satisfaisants, non inspirés, essais, etc…) à des choses beaucoup plus fines comme le choix d’un cadrage légèrement différent, d’une nuance de jeu, d’une gestuelle, d’un regard.

Le monteur apporte à cette étape un regard fort, personnel et sensible sur le film. Il faut pouvoir trouver dans une continuité de deux heures de rushes ce que je nomme les pépites. Les plans les plus réussis mais aussi ceux qui une fois assemblés vont permettre l’écriture et la compréhension de la séquence.

Une fois le montage terminé il est quasiment impossible de déceler ce travail de sculpture qui repose à la fois sur le dégrossissement de la pierre (l’ensemble des rushes) et sur le travail de pointe, tout en finesse, comme le lissage du marbre – qui correspondrait ici à la coupe à l’image près.

Alors bien sûr il y a ce qui a été écrit, ce qui a été tourné, et puis il y a l’épreuve du bout à bout dans la timeline. Et voila le travail de tissage qui commence. Déplacer des séquences, trouver une nouvelle place à un plan – nouvelle place qui lui donne une nouvelle fonction, et un nouveau sens parfois.

Le monteur est force de proposition. Il suggère, il essaie, il ose. Il écrit lui aussi une histoire sauf qu’il n’utilise pas les mots, il utilise les images, les sons, les musiques et les intentions du réalisateur.

Quand on est face au film terminé, tout paraît simple. Ca s’enchaîne, on suit un fil, c’est limpide. Il est évident qu’il fallait faire comme ça. Mais pour arriver à cette simplicité il a fallu plus d’une fois se casser la tête.

Le montage est la somme de choix, de renoncements, de batailles, d’engagements, de discussions. C’est un grand ensemble de décisions portées par le regard complémentaire du monteur et du réalisateur.

Alors, que reste-t-il de tout cela dans les une heure trente de film ? A la fois beaucoup et si peu. La fluidité d’un discours, la puissance des émotions, l’attention tenue du spectateur ?

Juger d’un bon montage et d’un bon monteur sans passer par la salle de montage reste encore quelque chose mystérieux pour moi.

Mais au fond cela est vrai pour tous les corps de métier du cinéma – ce magnifique art collectif au service de.

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2 réflexions sur “La face cachée du montage

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