Pourquoi le montage est de l’écriture ?

Une fois n’est pas coutume… je relaie ce texte écrit sous forme de dialogue fictif trouvé sur internet.

Il a été écrit par Yann Dedet, chef monteur français

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Van Gogh de Maurice Pialat, montage Yann Dedet, 1991

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– Mais je comprends pas, pourquoi vouloir soudain changer la place de cette séquence ?

– Je crois qu’elle valorise celle qui venait avant si elle vient après.

– Vous croyez qu’on a écrit 73 versions du scénario pour rien ?

– Vous croyez que ce montage sera la dernière version ? Vous n’avez jamais changé des séquences de place pendant l’écriture du scénario ?

– Si, bien sûr ! Mais avec l’écrivain.

– Et avec les images et les sons, vous avez le même sentiment de plénitude que sur le papier ? Vous ne les voyez pas, là, les boucles et les sauts de carpe ? Au scénario, l’image était-elle vraiment sur le tapis ?

– Qu’est-ce que vous me chantez… ?

– Mais, c’est ça ! Vous avez dit le mot juste. Maintenant, c’est comme un poème. Il faut que ça chante !

– D’accord, mais vous faites le contraire, là, si vous introduisez la séquence comme ça. Vous brisez, vous arrêtez le déroulement en coupant…

– Comme en sculpture, non ? Le geste interrompu se continue dans le panoramique du plan suivant. Rien ne s’arrête, au contraire, le récit se poursuit, mais avec un autre vocabulaire. Un nom suivi d’un adjectif, un adverbe après un verbe, un plan large après un plan serré au lieu de deux plans de même facture…

– Vous coupez en haut de l’émotion et ne laissez pas redescendre ?

– Oui.

– Que faites-vous du sens ?

– Le sens n’est pas l’alourdissement, que je sache.

– L’écrivain n’aimerait pas. Vous ne laissez pas développer.

– Vous savez, sur le papier, on accélère tout le temps la lecture des mots, mais, là, le spectateur ne peut pas accélérer les 24 images par seconde. Alors si, nous, on ne donne pas de la vitesse, c’est comme avec un plat trop lourd, le spectateur s’endort.

– On n’est pas en cuisine ! Le cerveau ne peut pas avoir d’indigestion.

– Vous croyez vraiment ?! Toute façon, à l’allure où il file, notre cerveau, il ne faut pas le ralentir.

– Bon. Mais, alors, les phrases longues ? Les plans longs, vous, non ?

– Si, quand ils n’expliquent pas, quand ils ouvrent une nouvelle route.

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Van Gogh de Maurice Pialat, montage Yann Dedet, 1991

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